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vendredi 10 avril 2009

Mourir pour l'Empire

Paix et Justice au Moyen-Orient (cpjmo@yahoo.fr) STRASBOURG. Article publié le 17 février 2008 sur http://geopolitiquedumoyen-orient.blogspot.com

Dans un article intitulé «Réflexion sur la force préventive», Henry Kissinger, ancien secrétaire d’état américain, écrit: «La pierre angulaire de la puissance n’est pas le territoire mais la technologie. Les armes de destruction massives modernes, de par leur existence même, apportent au pays qui s’en dote un gain autrement plus important que n’importe quelle annexion territoriale» (Le Monde du 21/04/06).

Les propos de H. Kissinger ne reflètent qu’une demi-vérité. Certes, l’«annexion territoriale» était propre aux puissances esclavagistes et féodales, tandis qu’actuellement, une puissance politique comme les Etats-Unis est, avant tout, une puissance technologique. En leur temps la France et la Grande Bretagne, se livrant à leurs conquêtes territoriales, étaient également des puissances technologiques. Il va sans dire que la technologie à elle seule, n’est pas en mesure d’assurer la prééminence politique et militaire d’un pays. Le Japon et l’Allemagne sont des puissances technologiques sans être des puissances politiques et militaires.

Un regard rapide sur les enjeux énergétiques et ceux liés aux matières premières, montre que la «conquête territoriale» est, malheureusement, restée d’actualité. L’«annexion territoriale» assure à une puissance technologique, un «réservoir» de matières premières, conditions sine qua non de sa survie économique et de sa suprématie politique. Les anciens empires coloniaux avaient des possessions sur tous les continents et exploitaient le sous sol. Les deux dernières guerres qui ont ravagé l’Europe, puis le monde entier, étaient avant tout des guerres entre puissances technologiques à la recherche de territoires riches en matières premières. Rappelons-nous l’«espace vital» recherché par le troisième Reich. Les Etats-Unis, nouvelle puissance coloniale planétaire, sont présents sur les cinq continents, soit en tant que puissance occupante (en Irak et en Afghanistan), soit en tant que puissance tutélaire de nombreux pays. Les oléoducs et les gazoducs qui alimentent l’Occident passent par des régions parsemées de bases militaires américaines, et aussi françaises, britanniques, allemandes. Selon l’ancien ministre de la défense du gouvernement rouge- vert Peter Struck : «La défense de l’Europe «commence dans l’Hindou Koch»». Depuis plus de deux siècles, les puissances occidentales ont été amenées à s’activer aux confins de l’«Hindou Koch», très loin de l’Europe. Ancienne puissance mondiale, devenue, après la Seconde guerre mondiale, puissance de «seconde zone», la Grande Bretagne a soutenu les Etats-Unis, dans leur aventure irakienne en 2003. Après six années d’une guerre épuisante, les Britanniques plient bagages pour se consacrer à l’Afghanistan. Londres «épuisé» est remplacé par Paris, «allié indispensable et zélé», qui envoie des forces fraîches en Asie centrale, afin de consolider la suprématie de l’Empire américain. Riche en matières premières, l’Asie centrale attise toutes les convoitises. Après l’Afghanistan, «porte de l’Inde», Paris «noue un partenariat stratégique avec Astana», capitale de Kazakhstan, pays riche en hydrocarbures, en uranium, en titane, métal stratégique (LM du 10-11/02/08).

Pourtant, les tensions sont perceptibles dans l’édifice impérial. Tous les partenaires ne sont pas traités sur un même pied d’égalité. Ils ne veulent pas s’impliquer plus qu’il ne faut dans des guerres meurtrières, coûteuses en homme et en matériel, au profit de l’Empire américain. Le Canada s’apprête à quitter l’Afghanistan. Obligée de supporter le fardeau de plus en plus lourd des interventions colonialistes, l’Amérique se rebiffe et tance ses partenaires en des termes peu amènes. Secrétaire américain à la défense, Robert Gates, qualifie de «décevant» le refus des Alliés d’envoyer des renforts dans le Sud de l’Afghanistan. Pour lui: «certains sont prêts à se battre et mourir et d’autres qui ne le sont pas» (LM du 09/02/08).

Les déboires de l’Empire ne s’arrêtent pas là. Jadis élément important du puzzle, le Pakistan est devenu le maillon faible du dispositif américain. En effet, se sentant encerclé et s’inquiétant du rapprochement indo- afghan, l’armée et les services de renseignement pakistanais ménagent les nationalistes religieux, impliqués, directement ou indirectement, dans la lutte anticolonialiste.

Aux Etats-Unis, l’après Bush s’installe. Ce qui ne facilite pas les affaires des va-t-en-guerre de l’administration. Pour Richard Holbrook, ex-sous-secrétaire d’Etat et conseiller d’Hillary Clinton : «l’administration Bush ne pourra pas attaquer l’Iran. Une minorité peut encore s’y essayer mais elle ne réussira pas: nos chefs d’état-major s’y opposeront. Le Congrès aussi». Concernant l’avenir des relations Téhéran- Washington, R.Holbrook est, on ne peut plus, clair: «Avec Téhéran, il ne faut pas seulement parler nucléaire, mais du Hamas, du Hezbollah, de l’énergie et de l’Irak» (LM du 26/01/08). Une manière de reconnaître à Téhéran le rôle d’interlocuteur incontournable.

Afin de montrer les «réussites» de l’administration Bush, le secrétaire américain à la défense, Robert Gates, est monté au créneau pour annoncer «la déroute» des combattants islamistes en Irak. Peine perdue. Les journaux n’ont pas tardé à annoncer que «le niveau de violence à Bagdad reste suspendu à la trêve décrétée par l’«Armée du Mahdi» de Moqtada Al-Sadr (LM du 14/02/08). La baisse du niveau de violence marque, sans nul doute, une entente entre Téhéran et Washington. Malgré l’embargo, le développement de la technologie militaire de l’Iran rappelle la sentence d’Henry Kissinger: «La pierre angulaire de la puissance n’est pas le territoire mais la technologie.»

La résistance anticolonialiste s’intensifie dans la région, tout comme les attentats contre les anticolonialistes (l’assassinat en Syrie d’Imad Moughniyeh par les agents israéliens) et autres complots dont sont coutumiers les américano- israéliens. Le Liban et la Palestine restent sous tension et une déflagration régionale est à craindre. L’ouverture d’un nouveau front au Tchad par la France, ne peut qu’affaiblir la position des colonialistes, désormais engagés militairement de la frontière afghane au Tchad.

Au moment où l’Empire américain manifeste des signes de faiblesse, alors que les candidats à la présidence parlent du retrait éventuel des troupes américaines d’Irak, la France arrive sur les champs de bataille. Ses militaires vont continuer à «se battre et mourir» pour les matières premières et pour l’Empire.

dimanche 22 mars 2009

L'OTAN part démoralisée et battue en Afghanistan

Paix et Justice au Moyen-Orient STRASBOURG, le 22 mars 2009 cpjmo@yahoo.fr

Des «conférences des donateurs» ont consacré des milliards de dollars à la «reconstruction» de l’Afghanistan. Des équipes se sont formées pour «construire» ou «reconstruire», ici des routes facilitant le déplacement des troupes étrangères, là des écoles. Le même élan de «reconstruction» s’est observé en Irak. Dans son livre « la stratégie du choc», la journaliste, essayiste et réalisatrice, Naomi Klein écrit : «Les Irakiens ne perçurent pas la reconstruction corporatiste de leur pays comme un «cadeau», la plupart d’entre eux y voyant plutôt une forme moderne de pillage».

Comme en Irak, le pillage tire profit de la «reconstruction» de l’Afghanistan. Faut-il rappeler que le pillage va de pair avec la corruption avérée et la criminalité des autorités locales et colonialistes? «Il n’y a jamais eu autant d’argent dans ce pays, relève Barnett Rubin, directeur du centre sur la coopération internationale, celui des donateurs, celui de la drogue, celui de l’économie afghane; la corruption est liée à la conjonction de ce fait et d’un Etat faible et l’économie de la drogue est devenue une grande entreprise criminelle»(1).

Pierre Lellouche, monsieur «Af-Pak» du gouvernement français, se pose la question: «où sont passés les 20 milliards de dollars réunis en juin à la conférence de Paris pour l’Afghanistan?» et d’ajouter: «on a réussi à fabriquer le premier narco-Etat de la planète financé par l’argent du contribuable de l’OTAN»(2). Bravo l’OTAN!

Conséquences: selon Ahmet Davutoglu, conseiller du premier ministre turc, Recep Erdogan: «c’est une honte pour l’OTAN, pour nous tous, que sept ans après le début de l’intervention, il n’y ait aucune vraie amélioration des infrastructures, notamment des routes, alors qu’une énorme ambassade américaine a été construite»(3).

A tout ceci, rajoutez la brutalité, les exactions et les «dégâts collatéraux» des forces de l’OTAN, en particulier celles des Etats-Unis, démotivées et étrangères à la culture d’un pays rebelle, situé à des milliers de km de leurs frontières et vous aurez deviné l’avenir sombre des colonialistes en Afghanistan.

Un seul exemple. Nathalie NOUGAYREDE, journaliste du Monde écrit: «dans la région voisine de Wardack, les forces spéciales américaines ont tué cinq personnes. Selon le porte-parole de la coalition, les victimes étaient des insurgés. Selon les autorités afghanes locales, c’était une famille de civils»(4).

Dans un pays, les nouvelles circulent très vite. Les Afghans comptent chaque jour le nombre de leurs compatriotes, hommes, femmes et enfants, tués ou massacrés par les armées occidentales. La colère et la haine de l’Occident ne font que se renforcer dans tout l’Orient.

Pourtant, certains Occidentaux, comme Bernard LAVARINI, père de la première arme laser française, vous regardent droit dans les yeux et vous parlent de la «raison occidentale», opposée à celle des Eurasiens, «parce qu’ils n’attachent pas le même prix à la vie» (une autre façon de traiter les Eurasiens de barbares!), ou du caractère pacifique de «notre pays»(5). La France (plutôt l’Etat français) pacifique! C’est une blague, n’est-ce pas? Il s’agit bien d’un Etat qui, au cours de l’histoire, a commis des crimes de guerre dans ses colonies, en Indochine, en Afrique, et qui partage actuellement, avec les Etats-Unis, les crimes de guerre commis contre le peuple afghan et sa souveraineté. Voici une preuve de la nature «pacifique» de l’Etat français: le total des troupes françaises déployées à travers le monde atteint 36 849 hommes! 14 970 militaires français sont répartis dans une quinzaine d’opérations extérieures (OPEX), dont les plus importantes se situent dans les Balkans, en Afghanistan, au Liban et en Côte d’ Ivoire(6).

Evidemment, selon les autorités, le déploiement des forces françaises à l’étranger répondrait au maintien de la «paix mondiale». Comprenons-nous: il s’agit bien, ni plus ni moins, de la Pax americana, via l’OTAN!

Dès lors, faut-il s’étonner de la montée en puissance de la résistance anticolonialiste en Afghanistan, en Asie centrale et au Moyen-Orient? Faut-il s’étonner du regain de pessimisme au sein des forces et des diplomates de l’OTAN?

Voici quelques extraits qui dénotent l’état d’esprit des diplomates et stratèges, au sujet de l’avenir de la guerre de l’OTAN en Afghanistan.

William WOOD, ambassadeur des Etats-Unis à Kaboul: les Afghans «sont renommés pour avoir conservé leurs vallées contre n’importe quel ennemi»(7).

Bernard KOUCHNER: «personne n’a jamais dompté l’Afghanistan, ni les Anglais ni Alexandre»(8).

Henry KISSINGER, diplomate et ancien secrétaire d’Etat américain: «aucun conquérant étranger n’a jamais réussi à occuper l’Afghanistan»(9).

Gérard CHALIAND, géostratège: en Afghanistan : «la victoire, pour les Occidentaux, est hors de question»(10).

La lecture de ces phrases montre qu’il s’agit bien des Afghans et de leur résistance à l’OTAN et non pas des talibans, «horde sauvage, coupeurs de route et étrangleurs de femmes», image véhiculée par la propagande occidentale.

Si «aucun conquérant étranger n’a jamais réussi à occuper l’Afghanistan», pourquoi l’OTAN y parviendrait-elle?

Article publié également sur http://geopolitiquedumoyen-orient.blogspot.com

1- Jacques FOLLOROU- Le Monde du 27/05/08. 2- Propos recueillis par Jacques FOLLORU- LM du 09/02/08 3- LM du 19/12/08. 4- LM du19/03/09. 5- LM du 19/03/09. 6- LM du29/08/06. 7- LM du 28/10/08. 8- LM du 25/11/08. 9- LM du 15-16/03/09. 10- LM du 10/01/09.

mercredi 18 mars 2009

OTAN, les signes dangereux de Nicolas Sarkozy

Débat à l’Assemblée nationale mardi sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan. Entretien avec Arielle Denis, coprésidente du Mouvement de la paix, et animatrice de la campagne du Collectif OTAN-Afghanistan. Comment réagit le Mouvement de la paix aux festivités pour le soixantième anniversaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord (OTAN) et à la décision de Nicolas Sarkozy de faire que la France intègre son commandement intégré ?

Arielle Denis. Il y a presque un an que le président de la République a évoqué la possibilité d’un retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. L’intégration dans l’alliance atlantique n’est pas nouvelle. La France est un gros contributeur. Elle pourvoit à 6°% du budget de l’organisation. Et sa présence est importante lors des interventions militaires.

L’intégration est le signe politique d’une volonté déterminée, idéologique. Premièrement, la France souhaite s’aligner dans ce que Nicolas Sarkozy appelle la famille occidentale. C’est-à-dire formaliser l’appartenance à un camp. Deuxièmement, l’organisation d’un sommet de l’OTAN à un moment où la question de la dynamique européenne est en débat, avec le traité de Lisbonne n’est pas anodine. Il s’agit d’ancrer l’Union européenne (UE) dans l’alliance atlantique.

On a là deux signes extrêmement dangereux à l’égard du reste du monde. Et cela obère les nouvelles chances d’un développement du multilatéralisme avec la défaite des néoconservateurs aux États-Unis. Avec l’élargissement tous azimuts, on a une volonté de moins en moins camouflée de substitution de l’OTAN à l’Organisation des nations unies (ONU). L’OTAN bras armé de la mondialisation et des grandes puissances deviendra le lieu où se décide la sécurité du monde.

En préparation à la manifestation du 4 avril à Strasbourg, contre la tenue dans la ville d’un sommet de l’OTAN, vous avez lancé un cycle de réunions publiques. Qu’en ressort-il ?

Arielle Denis. Avec le collectif d’organisations contre l’OTAN, nous nous sommes rendus compte que l’information était très partielle dans la population. Il y a nécessité d’un débat autour de l’OTAN et des questions de sécurité. Ils sont organisés par des collectifs locaux. Plus la campagne se développe, plus il y a de monde.

Alors que se discute à l’Assemblée la participation de la France au commandement intégré de l’OTAN, nous avons lancé une campagne de cyberlettres aux députés. Et un rassemblement se tiendra aujourd’hui à 14.30h. Nous serons reçus par tous les groupes politiques. Nous ferons pression pour que ce débat aille jusqu’à la censure du gouvernement.

Comment interprétez-vous le fait que ce soit un débat sur la politique étrangère de la France, et non précisément sur l’intégration plus poussée dans l’OTAN ?

Arielle Denis. Ce débat fait peur au président. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy nous a mis des bâtons dans les rues pour l’organisation d’un contre-sommet à Strasbourg le 4 avril. Des millions d’euros ont étés dépensés, des caméras installées, des arbres coupés pour assurer la sécurité. Des lieux publics seront fermés et 40.000 soldats déployés. Mais avec plus de 500 organisations, nous avons la volonté de manifester dans Strasbourg. Il y aura beaucoup d’Allemands. Un TGV sera affrété de Londres, deux avions de Grèce. Les Kurdes, les Turcs, les Autrichiens, les Belges seront présents. Il y aura des Afghans et des Pakistanais, le Mouvement de la paix états-uniens. Et des manifestations se tiendront à Istanbul et Washington.

Entretien réalisé par Gaël De Santis "L'Humanité" 17-03-2009

mardi 17 mars 2009

Quelle alternative à l'atlantisme et aux choix de Nicolas Sarkozy ?

Quelle alternative à l'atlantisme et aux choix de Nicolas Sarkozy ? Avec la chute du mur et le démantèlement de l'URSS et du Pacte de Varsovie, l' OTAN a perdu sa raison d'existence. Loin de reconnaître, avec la fin de l'antagonisme des blocs, que leur organisation est alors devenue obsolète, les membres de l' Alliance atlantique ont choisi de la pérenniser et même de la renforcer. Ils ont changé le «concept stratégique» qui fonde son action en 1991, en 1999 et ils s'apprêtent à le faire une fois encore lors du sommet de Kehl-Strasbourg le 4 avril prochain. L'OTAN se «redéfinit» ainsi en fonction de ce qu'on appelle les nouvelles menaces: terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, conflits régionaux, déliquescence de certains Etats, criminalité organisée... C'est au nom de la lutte contre ces nouvelles menaces que l' OTAN a élargi à la fois le nombre de ses membres (en intégrant les pays d'Europe centrale et orientale), la nature de ses missions et ses zones d'intervention pour s' affirmer comme une alliance globale, un instrument d'intervention militaire quasi planétaire, et de domination au service des principales puissances occidentales. C'est la force et la guerre qui constituent la logique essentielle de la stratégie otanienne. Cette logique néo-impériale a pourtant montré qu'elle aggrave tous les problèmes, suscite l'exacerbation des tensions et des confrontations. Dans un nouveau contexte international marqué par la crise systémique du capitalisme, par la montée des inégalités mais aussi des attentes sociales et des luttes, l'émergence de nouvelles puissances... cette utilisation de l' OTAN comme outil d'une pérennisation des dominations capitaliste et occidentale est dangereuse, totalement inadaptée et contraire aux intérêts des peuples. Réintégrer complètement la France dans l'organisation militaire de l' OTAN, comme a choisi de le faire Nicolas Sarkozy, constitue un choix politique qui n'est pas seulement symbolique dans un tel contexte. Il s'agit, en effet, de rejoindre tous les commandements militaires de l'organisation militaire intégrée de l' Alliance. On ne peut pas soutenir, comme le font certains commentateurs, qu'une telle réintégration serait une chose banale du fait que la France appartient déjà à plusieurs de ces commandements et participe déjà à des opérations de l' OTAN. En réintégrant complètement la France dans l'organisation militaire de l' OTAN, le Chef de l' Etat montre qu'il veut rompre définitivement avec l'originalité d'une position française décidée en son temps par le Général de Gaulle. Mais surtout, N. Sarkozy affirme et concrétise le choix pro-américain et atlantiste qu'il avait annoncé dès le départ. Afin de masquer la réalité de ce choix d'alignement, le Président de la République prétend -contre toute évidence- que cette réintégration permettra à la France de gagner en influence au sein de l' Alliance et favorisera le développement de l'Europe de la Défense. En vérité, cette politique ne fera que renforcer l' OTAN et sa stratégie de militarisation. Les Traités européens de Maastricht et de Lisbonne définissent une simple «complémentarité» européenne dans un rapport hiérarchique que le Traité de Lisbonne exprime clairement en soulignant que l' OTAN reste pour les Européens le fondement de leur défense et l'instance de sa mise en oeuvre. Il n'est absolument pas question d'une autonomie stratégique et politique d'une défense européenne. On en est loin. D'ailleurs, lorsque les Etats-Unis décident unilatéralement d' installer, en République tchèque et en Pologne, un système anti-missile sophistiqué très déstabilisateur et créateur de tensons avec la Russie, on constate que les Européens, globalement très atlantistes, sont incapables de présenter une alternative commune et autonome correspondant aux besoins réels de sécurité en Europe et sur le plan international. Tout montre ainsi l'impératif d'une toute autre politique française et européenne en matière de sécurité et de défense. Le besoin d'une dissolution de l' OTAN et d'un nouveau système de sécurité collective et préventive se fait sentir avec force, pour l'Europe et pour le monde. Les logiques de guerre ont d'ailleurs montré à quels désastres et à quelles tensions et crises elles conduisent que ce soit en Irak ou en Afghanistan. Il faut sortir d'urgence de la course aux armements, de la prolifération des armes de destruction massive, des politiques de force qui aliment les conflits. L'Europe et chacun de ses pays membres doit agir pour un désarmement multilatéral et contrôlé concernant tous les types d'armes et notamment le nucléaire, pour le règlement politique des conflits dans le respect de la charte et des résolutions de l' ONU, pour favoriser les conditions économiques et sociales d'une sécurité humaine fondée sur la justice, l'égalité, la réponse aux attentes sociales, en particulier pour les pays les moins avancés. La démilitarisation des relations internationales, pour un monde de paix, plus civilisé, est une exigence de notre temps. Note de Jacques Fath Membre de l'exécutif chargé des questions internationales

lundi 9 mars 2009

La politique "Af-Pak" et Moyen-Orientale d'Obama

Avec l’équipe Obama, l’Iran entame son deuxième round d’empoignade avec les Etats-Unis.

De part sa position géostratégique, l’Afghanistan a toujours joué un rôle prépondérant dans la politique des chancelleries occidentales, en particulier britannique et américaine. Toujours est-il que depuis la naissance du royaume afghan en 1747, l’Afghanistan a été agressé à trois reprises par les Britanniques, une fois par les Soviétiques (1978) et, depuis 2001, par les Etats-Unis et leurs alliés euro-canadiens

C’est dire l’importance accordée, par ces temps de crise, à cette aventure militaire qui assure à l’Occident une présence aux frontières de quatre vieilles civilisations: chinoise, iranienne, indienne et russe. L’Afghanistan est un maillon très important de la chaîne de domination planétaire de l’OTAN.

Pour assurer leur victoire, les Etats-Unis appliquent une politique à trois volets: s’unir avec l’Inde, négocier avec l’Iran et humilier le Pakistan.

Dans l’analyse 24, datée du 15 décembre 2008, nous avons écrit: «Depuis plus de soixante ans l’ISI, les services pakistanais, et la RAW (Research and Analysis Wing) service de renseignements indien, se livrent une guerre clandestine sans merci sur le sol afghan. L’objectif de l’Inde: s’attirer les faveurs du gouvernement afghan afin de compléter l’encerclement du Pakistan, qui cherche, à son tour, à vassaliser ce pays, qualifié de «profondeur stratégique» pour les besoins d’un éventuel futur affrontement indo- pakistanais. Tout porte à croire que, sur le plan stratégique, les Etats-Unis et le Pakistan ont des intérêts contradictoires».

La bourgeoise pakistanaise résiste tant bien que mal à la soumission totale à l’axe américano-indien et essaie de promouvoir ses intérêts géostratégiques. D’où l’ambigüité de la hiérarchie militaire concernant la lutte contre les talibans, ambiguïté stigmatisée par les Etats-Unis et ses alliés. En effet, le 16 février à Peshawar un accord de paix a permis d’imposer la charia (loi islamique) dans la région de Malakand. Objectif: «ménager un mouvement taliban qui peut être utile pour relayer l’influence pakistanaise en Afghanistan, où la consolidation des réseaux indiens alarme les stratèges d’Islamabad»(1).

Il est à souligner que la politique de B. Obama en Asie centrale est la continuation de la politique de G. Bush qui a conduit à l’extension de la guerre au Pakistan, devenu «instable, structurellement volatile, incurablement convulsif», selon Frédéric Bobin, journaliste au Monde(2). Désormais, B. Obama suggère une approche intégrée de l’Afghanistan et du Pakistan, regroupés sous le label «Af-Pak». C’est une fuite en avant.

A l’incendie colonialiste déclenché par l’Occident, mené par Washington, s’oppose la résistance des peuples et nations de la région. Mais, l’administration Obama gère un empire affaibli, discrédité, en proie à une crise morale et économique profonde. Jadis unilatéralistes, les Etats-Unis d’Obama devront composer avec différentes puissances pour pouvoir circonscrire, grâce au dialogue avec l’Iran, et l’extension de ses rapports avec la Russie, une insurrection qui s’étend et qui gagne en intensité. N’oublions pas que c’est la Russie qui facilite le ravitaillement des bases américaines via son territoire. Le dialogue entre puissances mondiales ou régionales ou l’assistance mutuelle ne devraient pas faire oublier les tensions permanentes entre puissances. Prenons le cas de l’Iran qui, ignorant les pressions occidentales, développe sa technologie militaire (missiles, satellite,…), enrichit de l’uranium et qui est sorti gagnant du premier round d’empoignade très agressive avec l’administration Bush. Face à l’administration Obama, l’Iran entame son deuxième round d’empoignade en position de force. La Russie encourage le Kirghizistan à fermer la base de Manas, louée aux américains qui, à leur tour, installent des bases de missiles antimissiles en Pologne et en Tchéquie.

Le même phénomène s’observe au Moyen-Orient, où les intérêts stratégiques américains façonnent la diplomatie des alliés arabes et israélien des Etats-Unis. D’aucuns pensent que la baisse des tensions souhaitée par l’administration Obama va régler tous les problèmes de la région. Est-ce vrai?

Analysons l’héritage laissé par l’administration Bush à celle d’Obama. Depuis l’échec de l’offensive israélienne au sud Liban de l’été 2006, les Etats-Unis et Israël ne gagnent aucune guerre. La récente offensive israélienne à Gaza n’a pas permis, non plus, à Israël d’atteindre ses objectifs: arrêter les tirs de Qassam, empêcher la contrebande, neutraliser le Hamas, rétablir la prépondérance de l’armée israélienne. Par contre, selon Gidéon Levy, journaliste israélien engagé, l’image d’Israël sort extrêmement ternie des 22 jours de destruction et de massacre délibérés à Gaza. La pratique de l’armée israélienne prouve «qu’Israël est un Etat violent et dangereux, qui ne connaît aucun retenue et ignore délibérément les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations unies, et qui se soucie comme d’une guigne du droit international». La messe est dite.

La guérilla harcelle également l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Faute de pouvoir neutraliser des milices armées populaires, les américano-israéliens détruisent les infrastructures et massacrent la population civile, la jetant dans les bras de la résistance anticolonialiste.

Comme ses prédécesseurs, depuis 1989, l’administration Obama parle du «processus de paix», de l’«Etat palestinien» et envoie des émissaires en Syrie. Espère-t-elle amener la Syrie et les Palestiniens à une paix à l’égyptienne, à savoir territoires contre souveraineté politique? La Syrie, ainsi que les résistances libanaise et palestinienne, ont prouvé qu’elles ne transigeront pas avec leur souveraineté. Comme pendant la période Bush, l’impasse parait donc totale.

Contrairement à l’administration Bush, celle d’Obama préfère dialoguer avec ses ennemis. La formation éventuelle de l’unité Fatah- Hamas permettra à l’équipe Obama de rétablir un dialogue indirect avec le Hamas, qui porte pour une grande partie le fardeau de la résistance armée à l’occupant israélien. Ce serait une grande victoire pour la résistance anticolonialiste qui gagne en puissance. Car ce n’est pas le Hamas qui a, comme le Fatah, changé de nature et d’attitude. Ce sont les Etats-Unis qui, sous la contrainte, modifient leur diplomatie.

Pour autant, faut-il surestimer le dialogue avec les colonialistes américano-israéliens? Sûrement pas. Les facteurs qui pourraient modifier les rapports de force seraient le développement de la résistance anticolonialiste en cours et le progrès de la technologie militaire iranienne. Par le dialogue, l’équipe Obama espère-t-elle ralentir l’érosion de la puissance américaine? Croit-elle peut-être au père noël ?

Paix et Justice au Moyen-Orient STRASBOURG, le 8 mars 2009 cpjmo@yahoo.fr http://geopolitiquedumoyne-orient.blogspot.com

(1) Frédéric Bobin- Le Monde du 19/02/09. (2) Frédéric Bobin- LM du 05 mars 2009.

dimanche 1 mars 2009

La force d’attraction otanienne

À son soixantième anniversaire, on aurait pu croire l’OTAN parvenue à l’âge de la retraite, d’autant que les causes qui l’ont fait naître ont disparu avec la fin de l’ordre mondial de la guerre froide. Loin de là, elle va fêter cet anniversaire au mois d’avril prochain en manifestant une nouvelle jeunesse et en tentant de démontrer son caractère indispensable. À Strasbourg, où se dérouleront les cérémonies, la France saisira sans doute cette occasion pour annoncer son retour dans les structures militaires de l’organisation de sécurité occidentale.

Cette réintégration, plus de quarante ans après la prise de distance par le général de Gaulle, avec un système que le président français jugeait alors monovalent et exclusif, s’inscrit dans une logique qui est d’abord celle de l’évolution de notre appareil de défense, dans la continuité du livre blanc de 2008 : elle formalise le passage d’un système de défense nationale à une contribution dans un système de sécurité internationale.

Ce faisant, la réintégration de la France dans l’OTAN révèle les difficultés de notre République à maintenir un appareil de défense autonome. Faute de ressources budgétaires suffisantes, la dégradation du système de forces était apparente et le seuil au-dessous duquel un tel système n’est plus viable était en passe d’être atteint. Rejoindre les rangs otaniens est ainsi un double aveu : de faiblesse concernant les capacités nationales à demeurer autonomes, d’impuissance s’agissant des perspectives d’une future défense européenne. La pression exercée depuis des années par les Anglo-Américains a fini par avoir raison à la fois de la résistance française et des projets européens en la matière. Il faut ajouter à cela que l’industrie française d’armement - quatrième du monde - ne doit pas être mécontente de ce rapprochement qui, dans ces temps difficiles de crise, va lui ouvrir le plus grand marché d’armement du monde. Enfin, argument non négligeable, ce geste politique permet de se mettre en accord avec les réalités opérationnelles, la France participant au premier rang aux engagements de l’OTAN, dans les Balkans comme en Afghanistan.

Cela dit, et pour logique qu’elle puisse paraître, cette démarche pose en réalité plus de questions qu’elle n’en résout. On pourrait s’attarder pour les discuter sur certains des attendus de ce constat, notamment sur la validité de la stratégie adoptée dans le conflit en Afghanistan, mais il semble bien que l’essentiel du débat se situe à un autre niveau, celui des équilibres stratégiques du monde de demain. La réintégration de la France dans l’OTAN ne va-t-elle pas à contre-courant de l’histoire ? Au moment où une crise sans précédent dans les temps modernes nous incite à tourner la page d’un monde révolu, est-il opportun d’en ranimer les symboles ? On sait bien que la crise n’est pas seulement financière et économique, qu’elle est le symptôme d’un changement d’époque, dû en grande partie au bouleversement que provoque l’émergence de nouveaux acteurs non occidentaux, asiatiques en particulier. La redistribution en cours des cartes stratégiques devrait faire réfléchir à la nécessité de composer les futurs équilibres du monde, et donc de nouveaux ensembles.

L’OTAN, dans sa définition initiale il y a soixante ans, cristallisait autour des États-Unis la volonté de constituer un « camp occidental » - celui des démocraties libérales - par opposition au « camp oriental », représenté par l’Union soviétique et ses satellites communistes. Ce bipolarisme, dans lequel le général de Gaulle refusait de se laisser entraîner, n’a plus lieu d’être, la guerre froide est achevée depuis vingt ans. Un renouveau de l’OTAN - qui serait alors pour la France une raison majeure de réintégration - ne pourrait se trouver justifié que par l’apparition d’un adversaire idéologique et/ou économique d’une telle puissance, et donc d’une telle menace, qu’il nécessiterait que se reconstitue face à lui un « camp occidental ».

La question de l’islamisme radical ne peut être écartée d’un revers de main, mais il paraît toutefois assez clair que c’est du côté asiatique que doivent se tourner nos regards stratégiques. En effet, quelles que soient par ailleurs ses difficultés intérieures, la Chine possède les atouts pour sortir gagnante de cette crise et se poser dans les années à venir comme le seul rival sérieux du leadership exercé par les États-Unis sur le monde. On peut déjà mesurer, derrière les discours de connivence et l’entrelacs économique dans lequel les deux partenaires se sont mutuellement piégés, à quel point les systèmes politiques et idéologiques chinois et américain sont naturellement incompatibles et résolument antagonistes. Si on peut entrevoir une menace probable sur la paix du monde à un horizon d’une vingtaine d’années, c’est bien de la rivalité sino-américaine qu’elle doit provenir. Dans cette hypothèse, l’Amérique a tout intérêt à compter ses alliés et à rassembler son camp. La pression exercée sur les pays européens, la gesticulation entreprise contre la Russie et l’Iran avec les projets de défense antimissile ne sont compréhensibles que dans la perspective de la préparation d’un conflit contre la Chine.

Est-ce l’intérêt de la France, est-ce l’intérêt des Européens de se laisser embringuer dans ce qui serait une folle entreprise ? La question mérite au moins d’être posée. Sommes-nous destinés à rendre crédible un choc entre un soi-disant Occident et la future nouvelle puissance chinoise ? Aurions-nous raison de nous trouver par principe et systématiquement du côté d’un Occident qui ne représente plus la civilisation européenne mais pour l’essentiel la vision du monde et les seuls intérêts de la puissance dominante ? Ne devrions-nous pas, au contraire, prendre ou maintenir nos distances avec un système qui, loin d’assurer la sécurité, tend sur un mode archaïque à diviser le monde en camps irréductibles et opposés, préparant ainsi les guerres de demain ? L’Europe, et la défense européenne que nous ne parvenons plus à faire avancer dans cette voie, devrait avoir pour vocation de se constituer comme un pôle d’équilibre entre les deux grands du XXIe siècle - le troisième pied du tabouret -, et non comme vassal de l’un des protagonistes.

Nous sommes entrés en 2008 dans la pire crise des temps modernes. Le monde entier s’accorde à dire que, de cette crise globale, aucun pays ne se sortira seul, que nous sommes condamnés à être solidaires et à payer ainsi le prix de la mondialisation. Est-ce que rentrer dans une alliance partisane, porte-drapeau du camp occidental dont la doctrine est sinon en faillite, du moins subit un grave revers, est compatible avec cette nécessité de la solidarité mondiale ? Sachant en outre que ce sont les leaders de ce camp - Américains et Anglais - qui se sont fourvoyés dans des guerres impossibles en Asie du Sud-Ouest et qui ont été les provocateurs de la débâcle financière qui risque de conduire l’humanité aux abîmes. La crise est certes une opportunité pour faire avancer l’histoire, mais en l’occurrence et s’agissant de l’OTAN elle devrait être aussi une occasion de réfléchir à la redistribution inéluctable des cartes stratégiques.

ÉRIC DE LA MAISONNEUVE Général de division (2 s). Fondateur et président de l’Association de recherche et de réflexion stratégique (www.societe-de-strategie.asso.fr). Créateur (1999) et directeur de la revue Agir, revue générale de stratégie.

L'Humanité

vendredi 27 février 2009

Etats-Unis, Israël: Etats civilisés ou voyous?

Paix et Justice au Moyen-Orient STRASBOURG, le 1er mars 2009 cpjmo@yahoo.fr http://geopolitiquedumoyen-orient.blogspot.com

En Occident et dans certains pays du monde, personne, ou presque, ne doute du «caractère civilisé» des Etats américain et israélien, qui se font passer pour respectueux des lois internationales et des «droits de l’homme». Qu’en est-il vraiment?

Pour le «Petit Robert», Etat voyou désigne un Etat «qui ne respecte pas les règles du droit international et fait peser une menace sur la sécurité collective». Les Etats-Unis et Israël respectent-ils le «droit international» et ne représentent-ils pas de «menace sur la sécurité» des pays?

En juin 2007, la CIA a déclassifié un dossier de 693 pages, baptisé «bijoux de famille»(1). Le dossier révèle des pratiques de la diplomatie américaine, contraires à celles d’un État civilisé: complots d’assassinat de dirigeants étrangers, kidnapping et journalistes sur écoute, forment l’essentiel du dossier. Le dossier parle des «activités illégales» de la CIA qui a «comploté en vue de l’assassinat de dirigeants étrangers, y compris Castro, Lumumba et Trujillo». Ces pratiques dignes d’un État voyou appartiennent-elles à une époque révolue?

L’étude de la période sombre de l’administration Bush (2001-2009) montre que l’Etat américain n’a pas abandonné les pratiques décrites dans le dossier. Prenons l’exemple de l’invasion illégitime de l’Irak, invasion basée sur un mensonge savamment orchestré par les américano-britanniques. Le mensonge consistait à persuader la «communauté internationale» que le régime de Saddam Hussein possédait des «armes de destruction massive». Après l’invasion illégale de l’Irak, aucune arme de «destruction massive» n’a été trouvée. Saddam Hussein a été pendu et plus de cent mille Irakiens ont perdu la vie lors des bombardements aveugles et aussi des mauvaises conditions de vie concomitantes à un pays en situation de guerre. Des millions d’Irakiens se sont réfugiés dans les pays voisins et des dissensions ethniques et religieuses ont réapparu, portant atteinte à l’unité nationale. L’administration Bush a rejeté la responsabilité de l’invasion sur la CIA, sous prétexte que l’agence de renseignement se serait mal renseignée.

Qu’auraient fait les États-Unis s’ils avaient vraiment su qu’il n’y avait pas d’«armes de destruction massive» en Irak ? Dick Cheney, vice-président de Bush, est clair: l’administration Bush aurait «attaqué l’Irak même si la CIA lui avait indiqué que Saddam Hussein ne possédait pas d’armes de destruction massive»(2). CQFD.

L’invasion de l’Irak qui a commencé par un mensonge, se poursuit même si les masques sont tombés. Dans quelle catégorie faut-il classer les Etats-Unis, auteur de l’invasion préméditée d’un pays souverain, membre des Nations unies? Pays civilisé, respectueux des lois internationales, ou voyou?

Que pense Janis Karpinski, la première femme générale américaine, qui dirigeait les prisons irakiennes d’Abou Ghraib, de la nature de l’Etat américain? «Nous justifions tous les dictateurs qui emprisonnent et torturent au nom de la sécurité nationale. Nous bafouons toutes nos valeurs»(3). Merci ma Générale!

L’aveu de Dick Cheney et les confidences de Janis Karpinski suffisent à montrer que, même maintenant, les Etats-Unis, au nom de leur «sécurité nationale», ne respectent pas le «droit international», agressent des pays souverains, n’hésitent pas à soutenir des régimes dictatoriaux et à bafouer les valeurs humaines, au nom desquelles, les Etats-Unis ont mis le Moyen-Orient à feu et à sang.

Le changement d’administration à Washington a-t-il modifié le comportement des Etats-Unis? Le nouveau président, Barak Obama a promis d’en finir avec les pratiques de l’ère Bush, en mettant un terme aux pratiques illégales de la CIA. Leon Panetta, son nouveau patron a dit vouloir interdire la pratique du waterboarding (simulacre de noyade) «qui est de la torture»(4). En abandonnant les pratiques de l’ère Bush, la nouvelle administration reconnaît tacitement le caractère criminel de l’ancienne administration.

Pourtant, la nouvelle administration refuse de modifier le régime juridique des détenus de la prison de la base américaine de Bagram en Afghanistan. Selon Angela Birt, une militaire américaine, «Bagram, c’est le pire de ce que j’ai vu… »(7). La déception est grande chez les défenseurs des droits humains. Une dérive de l’administration Obama qui n’étonne pas les anticolonialistes. La politique de Washington étant dictée par les complexes militaro-industriels et les milieux financiers.

Faut-il rappeler que l’armée américaine dispose d’une centaine de bases militaires, au Moyen-Orient et en Asie centrale Objectifs: assurer l’hégémonie planétaire des Etats-Unis, en dominant les voies aériennes, terrestres et maritimes de la vaste région du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, nœud stratégique de communication. Seuls ses intérêts stratégiques dictent le comportement «humanitaire» des Etats-Unis: si «on» ferme Guantanamo, «on» conserve Bagram. «Sécurité intérieure» américaine oblige. A bon entendeur, salut!

Quant à Israël, depuis sa création, il y a soixante ans, ce pays n’a jamais respecté aucune des résolutions des Nations unies. En 2006, Human Rights Watch a accusé Israël de «crimes de guerre» au Liban(8). L’enquête est en cours pour déterminer l’étendue des crimes de guerre commis par Israël à Gaza. Israël est une menace permanente pour ses voisins du Moyen-Orient dont les territoires sont occupés par l’armée israélienne. Alors, Israël, Etat civilisé ou voyou?

Il n’est un secret pour personne que les colonialistes ont leurs «intellectuels», économistes ou géopoliticiens, qui ont accès aux médias et peuvent écrire des articles d’«analyse» pour vous convaincre du bien fondé des «valeurs» défendues par l’oncle Sam dans le monde. Jean-Michel Bezat en est un. Dans Le Monde du 24/02/09, il demande, ni plus, ni moins, aux «pétro-autocrates» Iraniens, Vénézuéliens et Russes d’oublier «leur vieille hostilité envers le camp occidental». Merci pour le conseil !

Que dirait monsieur J-M. Bezat si la France était encerclée par une centaine de bases militaires iraniennes et que ses navires de guerre, équipés de têtes nucléaires, mouillaient au large des côtes françaises? Allons.

L’Occident colonialiste ne comprend qu’un seul langage, celui des rapports de force. Depuis 2006, ceux-ci sont en train de changer en faveur des forces anticolonialistes.

(1) Le Monde du 24-25/06/07 (2) LM du 26/12/08 (3) Le Monde 2 du 19/01/08. (4) LM du 07/02/09. (5) LM du 09/02/05. (6) LM du 14/02/09. (7) LM du 24/02/09. (8) LM du 08/09/07.

dimanche 22 février 2009

Non à l'OTAN et à une plus grande militarisation de l'UE

Pendant le débat de cet après-midi sur la stratégie de sécurité de l'Union européenne, y compris sur un rapport demandant une coopération renforcée entre l'UE et l'OTAN au Parlement européen, le député allemand du GUE/NGL Tobias Pflüger a rejeté les appels dans ces rapports pour que l'UE devienne une superpuissance militaire et pour l'établissement d'une force armée intégrée de l'UE. "Mon groupe considère cette approche comme erronée," a-t-il dit.

L'"OTAN n'est pas une alliance pacifique - elle a mené la guerre en Yougoslavie dans le passé et fait maintenant la même chose en Afghanistan." Appeler l'OTAN un "pilier de paix et de sécurité européennes est absurde," a-t-il ajouté. "L'OTAN est une des menaces les plus sérieuses pour la paix et la sécurité dans le monde. C'est contraire à l'objectif de résoudre des conflits paisiblement et donc elle doit être supprimée dès que possible. Mon groupe est favorable à une UE civile et non militaire et a présenté une opinion minoritaire dans laquelle nous rejetons toute autre militarisation de l'UE, " a conclu le député Pflüger.

En tant qu'ancien cosmonaute, le député tchèque du GUE/NGL Vladimír Remek a déclaré qu'il avait prévu de parler contre la militarisation de l'espace pendant ce débat. Néanmoins, étant donné que la nécessité d'améliorer la politique de sécurité de l'UE dans les "intérêts des citoyens de l'UE" était soulignée dans les rapports examinés, il demande pourquoi les points de vue de ces citoyens n'étaient pas pris en considération, par exemple, dans les préparations en cours de l'installation des bases antimissiles américaines dans la République tchèque et en Pologne ?

Environ 70% des citoyens dans son pays ne sont pas d'accord avec l'installation de ces bases militaires sur leur sol mais les plans avancent malgré tout. Le député Remek critique le fait que l'UE n'ait pas exprimé son appui officiel aux intérêts de ces citoyens. "A mon avis," dit-il, "il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans l'UE si les vues démocratiques du public ne sont pas prises en considération. Il ne faut pas s'étonner que les citoyens s'écartent de l'UE et de la politique ou ne s'identifient même pas avec elles, " a-t-il conclu.

"Le rapport sur le rôle de l'OTAN dans l'UE a été l'excuse pour soulever des questions sur la participation de Chypre dans le programme Partenariat pour la paix," a déclaré le député chypriote du GUE/NGL Adamos Adamou. "Le respect pour la position de la République de Chypre est essentiel et l'ingérence dans les affaires intérieures d'un État membre souverain concernant une adhésion non exigée par tout traité n'est pas acceptable."

"La démilitarisation complète et absolue de notre pays qui est occupé par la Turquie et la sauvegarde de la viabilité d'une solution future doit être l'objectif unique de tous," a continué le député Adamou. "Nous vous invitons à réaffirmer que le principe du respect des droits souverains des États membres est inviolable, indépendamment de votre vue d'ensemble sur le partenariat ou sur l'OTAN, qui reste une organisation militaire agressive. Notre choix est pour la démilitarisation et l'adhérence aux principes de droit international," a-t-il conclu.

"Les relations internationales au Portugal sont régies par les principes d'indépendance nationale, le respect des droits de l'homme, les droits des nations, l'égalité entre les états, les règlements pacifiques aux conflits internationaux, la non interférence dans les sujets internes d'autres états et la coopération avec tous les autres peuples pour l'émancipation et les progrès de l'humanité", a déclaré Pedro Guerreiro (GUE/NGL, Portugal).

Néanmoins, il a dit qu'il est de plus en plus évident que l'Union européenne est en contradiction profonde avec ces principes. "Cela sera encore pire si elle devient "le pilier européen" de l'OTAN, dans le partenariat avec les États-Unis, afin de mieux promouvoir la militarisation des relations internationales, la course aux armements et l'agression supplémentaire dans le but d'assurer le partage des marchés et des ressources naturelles entre les superpuissances."

samedi 21 février 2009

Pourquoi le fondamentalisme islamique au Moyen-Orient et en Asie centrale ?

Paix et Justice au Moyen-Orient

Historiquement, l’évolution démocratique à l’ouest de l’Europe commence en 1789, avec la révolution française.

Simultanément, les prémisses de cette évolution démocratique (passage de la société féodale à la société bourgeoise) s’observent également en Orient, en particulier, en Perse.

Au même moment, très exactement à partir de 1809, la Grande– Bretagne et la Russie apparaissent sur la scène de l’Asie centrale et «le Grand jeu» pour la possession de cette région du monde commence entre l’Empire russe situé au nord et l’Empire anglo-indien ancré au sud.

L’expansion russe avait pour objectif l’affaiblissement et la destruction des trois Etats musulmans à la lisière sud de l’Empire russe : la Turquie, l’Iran et l’Afghanistan, tandis que- une fois achevé la conquête de l’Inde- l’essentiel de la politique coloniale britannique était axé sur la préservation du «plus brillant joyau de la couronne».

Dans ce «jeu» macabre, les Russes ont arraché des régions entières à la Perse et, avec les Britanniques, ils ont régulièrement piétiné la souveraineté des pays de la région (et continuent à le faire).

Pour lord Curzon, vice-roi britannique des Indes de 1899 à 1906 : « Turkestan, Afghanistan, Transcaspienne, Perse- pour beaucoup de gens, de tels noms évoquent seulement un mystérieux lointain (…). Pour moi, je l’avoue, il s’agit là des pièces d’un échiquier sur lequel se dispute la partie pour la domination du monde»(1).

L’ingérence des Empires russe et britannique dans les affaires intérieures des pays de la région a eu pour effet de renforcer les forces réactionnaires locales, et de retarder de ce fait le développement naturel des sociétés concernées.

Malgré les pressions et les ingérences extérieures, la première révolution démocratique en Asie a eu lieu en Perse en 1906. Elle fut dirigée contre la dynastie féodale Qadjar et ses suppôts russes et suivie de la proclamation de la «monarchie constitutionnelle». Celle-ci se maintint jusqu’au 21 février 1921, date à laquelle elle fut renversée par un coup d’Etat militaire fomenté par les Britanniques. Le général Rezâ Khan qui dirigeait le coup d’Etat, fonda en octobre1925 la dynastie des Pahlavi.

Les dirigeants politiques des mouvements démocratiques et «souverainistes» représentant la «bourgeoisie nationale», étaient essentiellement des hommes de lettres cultivés, généralement laïcs. En s’engageant dans les mouvements révolutionnaires, ils s’inspiraient de l’exemple de la révolution française.

L’ingérence incessante, directe et souvent violente des puissances occidentales dans les affaires intérieures des pays orientaux a eu pour conséquence d’en «radicaliser» le mouvement démocratique, qui, de «social démocrate» au départ, évolua massivement vers le communisme à partir de 1917.

L’histoire de l’Iran, pays musulman au sous-sol très riche, bénéficiant au surplus d’une position stratégique, toujours convoité par les puissances occidentales, est édifiante à cet égard.

De 1917 à 1960 la «bourgeoisie nationale» iranienne comporte trois courants : le «parti Toudeh (extrême gauche)», le «Front national du Dr. Mossadegh (droite nationaliste et laïque)» et le «Mouvement de la libération de l’Iran du Dr. Bazargan» (musulmans démocrates). Mis à part quelques courants insuffisamment représentatifs, le clergé chiite fondamentaliste était absent du mouvement démocratique national et se ralliait souvent à la réaction locale (le régime des Pahlavi) pour combattre le mouvement démocratique.

En 1951 le Dr. Mossadegh, leader du «Front national» arriva à la tête du gouvernement, où il se maintint jusqu’au 19 août 1953, date à laquelle un coup d’Etat militaire fomenté par la CIA le renversa. Le Chah d’Iran, qui avait été évincé, reprit le pouvoir, instaurant une tyrannie soutenue par les Etats-Unis.

L’écrasement du mouvement démocratique et laïc par la réaction locale, soutenue par le gouvernement américain, ouvra la voie aux fondamentalistes chiites, aile droite extrémiste de la «bourgeoisie nationale». Celle-ci prit le pouvoir en 1979.

La situation diffère sensiblement dans les pays arabes de la région. La bourgeoisie laïque de ces pays a accédé au pouvoir dans les années 1950-1960, par des coups d’Etat militaires. Le discrédit auquel ses régimes eurent à faire face, aggravé par les défaites militaires subies lors des affrontements avec l’armée israélienne, prépara la voie à l’émergence de l’extrême droite représentée par les «islamistes fondamentalistes», dont l’objectif est la rupture radicale avec l’occident.

Quant à l’Irak, avant le 9 avril 2003, date de la chute du régime de Saddam Hussein, le peuple irakien avait le choix entre un régime tyrannique et la promesse d’une vie meilleure. Depuis le 9 avril 2003, le peuple irakien a le choix entre l’occupation brutale de son pays par les colonialistes américano-britanniques et la résistance afin de retrouver sa dignité et la souveraineté de son pays. En Irak, la faillite de la dictature du parti Baas (laïc) et la présence des colonialistes occidentaux (chrétiens) offre un terrain favorable sur lequel prospère le fondamentalisme islamiste, sunnite et chiite. Dans l’espoir de devenir la principale force du nouvel Etat irakien, les dirigeants chiites collaborent pleinement avec les occupants. De plus, ils caressent le rêve de les remplacer, une fois qu’ils auront lâché pacifiquement l’Irak (deuxième réserve mondiale de pétrole). Il ne peut s’agir que d’un rêve!

La Palestine est le seul endroit où les représentants laïcs et fondamentalistes de la «bourgeoisie nationale» luttent main dans la main pour la souveraineté de leur pays. Pour combien de temps?

La sentence de lord Curzon est toujours d’actualité. Pour demeurer une puissance planétaire, les Etats-Unis (soutenus par leurs alliés inconditionnels Britanniques et Israéliens) doivent dominer militairement l’Asie centrale, le Proche et le Moyen-Orient. Il s’en suit que les nations de cette région résistent- comme elles l’ont toujours fait- à la domination des colonialistes occidentaux, jusqu’à retrouver pleinement leur souveraineté nationale. Cela se fera-t-il sans les fondamentalistes? On peut en douter. Comme on peut douter du changement de politique étrangère des chancelleries des pays colonialistes (grands et petits, anciens ou nouveaux), menés par le tandem américano-britannique: politique régie par la volonté de domination de cette vaste région qui regroupe le Proche et le Moyen-Orient. La paix n’y sera, malheureusement encore pour longtemps, qu’un mirage.

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(1): «Le royaume de l’insolence- Michel Barry- Flammarion». Publié dans les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) du lundi 15 mars 2004.

jeudi 12 février 2009

La "sécurité commune" de Sarkozy-Merkel menace l'Etat de droit

Paix et Justice au Moyen-Orient

Dans un article solennel, publié dans Le Monde du 05 février 2009, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, Chancelière de la République fédérale d’Allemagne, ont présenté leur vision de la «sécurité commune».

L’article commence par citer Leibnitz et Voltaire, un Allemand et un Français, qui ont réfléchi à ce que pourrait être le «meilleur des mondes». Pour atteindre ce «monde», les deux chefs d’Etat avancent une analyse et désignent un ennemi. L’analyse repose sur la «guerre dans le Caucase, le premier conflit militaire de ce siècle en Europe», «les affrontements entre Israël et le Hamas», «la crise nucléaire iranienne», «la violence en Afghanistan et au Pakistan» ou les «affrontements en Afrique, au Congo et au Soudan». Il s’agit d’une panoplie de tensions qui existent depuis des siècles, ou de conflits, provoqués et entretenus par les puissances occidentales.

Le Caucase est une région instable, que se disputent depuis des siècles entre les Empires Perse et Russe et qui, en 1828 vit la défaite de la Perse, cédant ses provinces caucasiennes du Daghestan, d’Arménie, de Géorgie, d’Azerbaïdjan du Nord à l’Empire russe. Les peuples de cette contrée se battent depuis plus de deux siècles contre le colonialisme russe, et les tentatives d’assimilation de la Russie n’ont jamais abouti. Les guerres en Tchétchénie, au Daghestan ou en Géorgie ne sont que la continuation des luttes d’indépendance menées par les peuples de la région contre l’Empire russe et parler du «premier conflit militaire de ce siècle en Europe», c’est ignorer l’histoire dans le but d’organiser une séquence de communication pour la promotion de la peur.

L’affrontement en Afrique a des origines colonialistes et néocolonialistes. Les puissances occidentales (France, Grande Bretagne) n’ont jamais «lâché» l’Afrique. Les régimes despotiques africains sont souvent mis en place, et toujours soutenus, par la France, le Royaume- Uni ou les Etats-Unis. Les conflits pour les matières premières et les zones d’influence sont monnaie courante. Les opposants aux régimes dictatoriaux sont farouchement réprimés soit par les régimes en place, soit par les troupes colonialistes toujours présentes sur le sol africain. «Le total des troupes françaises déployées à travers le monde atteint 36 849 hommes. Cet outil militaire est souvent un prolongement de la diplomatie de la France» (Laurent Zecchini- Le Monde du 29 août 2006). Dans la phrase, remplacez «la diplomatie de la France» par «le colonialisme de la France» et vous aurez tout compris!

Nous voyons bien que l’«analyse» des deux chefs d’Etat, oublie royalement la responsabilité directe des puissances occidentales (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie,…) dans les tensions internationales.

Quels sont donc les vrais objectifs poursuivis par le couple Sarkozy- Merkel? Nous en décelons deux. Premièrement, il s’agit de faire pression sur les parlementaires français pour les convaincre de la nécessité du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN et, deuxièmement- conséquence du premier objectif- de préparer le terrain à une restriction de l’Etat de droit en France et en Allemagne.

Concernant le premier objectif, des personnalités politiques françaises comme François Hollande, François Bayrou, Dominique de Villepin et Alain Juppé n’ont pas tardé à réagir. Elles se posent des questions sur la pertinence du retour français dans le commandement intégré de l’OTAN. Selon un membre du gouvernement «l’affaire ne passera pas comme une lettre à la poste. Dix jours avant la décision, les députés vont se réveiller» (LM du 05/02/09). Ce d’autant plus que, dix-sept ans après la chute de l’Union soviétique, la guerre froide a cédé sa place à la rivalité inter-impérialistes, sans danger pour le système capitaliste. Mais une autre menace fut inventée: le terrorisme international! C’est du Bush après Bush!

Sur le plan intérieur, le «terrorisme» est à l’origine de l’obsession sécuritaire, qui s’est traduite par le renforcement des moyens de la police et de la justice pénale. «Dix-sept lois depuis 2001» selon l’éditorial du journal Le Monde du 05 février 2009. Toujours selon l’éditorialiste «Quatre nouveaux textes sont en préparation». Le chiffre le plus saisissant est celui des gardes à vue: 577 816 en 2008 contre 336 718 en 2001! (la même source).

Prenons le cas du «grand spectacle» à Tarnac où le démantèlement d’un «dangereux réseau de terroristes de l’ultragauche» avait été annoncé par le ministre de l’intérieur. Dans une lettre publiée par le Monde du 3 février 2009, 13 députés et intellectuels, dont Daniel Cohn-Bendit, Cécile Duflot, Noël Mamère, dénoncent la violation de la présomption d’innocence et le secret de l’instruction dans l’affaire de l’«ultragauche» de Tarnac. Ils dénoncent la «communication illégale et très sélective à des journalistes de pièces du dossier classées «secret défense»». Les treize signataires dénoncent «la volonté de faire admettre une extension insoutenable du champ d’action» de la notion du terrorisme. Ils réclament «que l’on revienne au respect de l’Etat de droit».

L’on voit bien que la «guerre contre le terrorisme» sert de paravent pour dissimuler la volonté du pouvoir de mettre en place des lois répressives. A ce rythme, et en l’absence de réactions énergiques, dans quelques années, la société se réveillera un «matin brun».

Toujours est-il que, selon Sarkozy-Merkel, «la sécurité commune est une alliance défensive», au sein de l’Alliance atlantique. Ce n’est pas l’avis de Dick Cheney, vice- président de Georges Bush, qui a dit clairement : «l’administration Bush aurait attaqué l’Irak même si la CIA lui avait indiqué que Saddam Hussein ne possédait pas d’arme de destruction massive» (LM du 26/12/08). Peut-on parler d’«alliance défensive» lorsqu’il existe une centaine de bases militaires américaines et occidentales au Moyen-Orient et en Asie centrale?

Un autre volet de la «sécurité commune» concerne «des valeurs communes», celles partagées par tous les membres de l’Alliance. Personne n’a encore oublié la torture sous l’administration Bush, ou des mesures contraires au droit humanitaire et au respect des droits civiques, adoptées par Washington. En ce qui nous concerne, que dire des «centres de rétention» des demandeurs d’asile qui traitent les étrangers comme du bétail? A entendre le Parlement européen «les centres de rétention ne peuvent pas être tolérés, et doivent être en conséquence fermés». Il a également condamné la rétention des mineurs, contraire à la Convention internationale. Le Parlement européen est, on ne peut plus clair : «Un Etat qui ne protège pas les enfants viole nos valeurs les plus importantes». Le mot est lâché: la violation de nos valeurs!

Les autorités en sont conscientes et, en l’absence d’une opposition vigoureuse, iront jusqu’au bout de leur logique «antiterroriste».

La «sécurité commune» de Sarkozy-Merkel prépare le terrain au «matin brun», le «meilleur des mondes» du couple Sarkozy-Merkel!

STRASBOURG, le 12 février 2009 http://geopolitiquedumoyen-orient.blogspot.com

mardi 10 février 2009

Pourquoi ne pas abolir l'OTAN, tout simplement?

L'OTAN a pour objectif «d’exclure les Russes, d’inclure les Américains et de tenir les Allemands sous la botte». Lord Ismay, premier secrétaire général de l'OTAN

«Nous devons immédiatement convoquer une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord pour évaluer la sécurité de la Géorgie et passer en revue les mesures que l'OTAN peut prendre pour contribuer à stabiliser cette situation très dangereuse.» Sénateur John McCain, (8 août 2008)

«Si nous avions travaillé de manière préventive avec la Russie, avec la Géorgie, en nous assurant que l'OTAN avait le genre de capacité, la présence et l'engagement idoines, nous aurions pu peut-être éviter ça» L'invasion de l’Ossétie du sud p....

Tom Daschle, ancien chef de la majorité au Sénat et conseiller du sénateur Barack Obama, (17 août 2008)

«De tous les ennemis des libertés publiques, la guerre est peut-être le plus redoutable parce qu'elle comprend et développe le germe de tous les autres ennemis.» James Madison (1751-1836), quatrième président des USA

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est une relique de la Guerre froide. Elle a été créée le 4 avril 1949 comme une alliance défensive des pays d'Europe occidentale avec le Canada et les USA pour protéger ceux-ci des empiétements de l'Union soviétique.

Mais depuis 1991, l'empire soviétique n'existe plus et la Russie a coopéré économiquement avec les pays d'Europe occidentale, en leur fournissant du gaz et du pétrole, et des matières premières en tous genres. Ceci a accru l'interdépendance économique européenne et, par conséquent, considérablement réduit la nécessité d'une telle alliance militaire défensive au-dessus et au-delà de la défense militaire des pays européens eux-mêmes.

Mais le gouvernement US ne voit pas les choses ainsi. Il préférerait garder son rôle de protecteur paternaliste de l'Europe et d’unique superpuissance au monde. L'OTAN est l’outil qui convient à cet effet. Mais peut-être le monde devrait-il s’inquiéter de ces gens qui sillonnent la planète avec un bidon d'essence dans une main et une boîte d'allumettes dans l'autre, se faisant passer pour des vendeurs d'assurances incendie.

En, l’état actuel des choses, c’est un fait que le gouvernement et la nomenklatura des affaires étrangères US considèrent l'OTAN comme un outil important de la politique étrangère US d'intervention à travers le monde. Étant donné que de nombreux hommes politiques US ne soutiennent plus de facto l'Organisation des Nations Unies comme organisation internationale suprême consacrée au maintien de la paix dans le monde, une OTAN sous contrôle US semble être, À leurs yeux, un substitut plus attrayant à l'ONU pour fournir une couverture légale aux offensives militaires par ailleurs illégales qu’ils entreprennent à travers le monde. Ils préfèrent garder le contrôle total sur une petite organisation comme l'OTAN, même si elle est devenue une institution obsolète, que de devoir faire des compromis à l'ONU, où les USA ont néanmoins une des cinq voix de véto au Conseil de sécurité.

C’est la logique derrière les propositions visant à réorganiser, à réorienter et à élargir l'OTAN, afin de la transformer en un outil flexible de la politique étrangère US. C'est une nouvelle démonstration de ce que les institutions superflues ont une vie propre. En effet, lorsque leur vocation première n'existe plus, de nouveaux objectifs sont inventés pour les maintenir en vie.

En ce qui concerne l'OTAN, le plan est d'en faire une alliance politico-militaire impériale et offensive contre le reste du monde, en l’élargissant. Conformément au plan, l'OTAN serait élargie à l’Europe centrale et orientale pour inclure non seulement la plupart des anciens membres du Pacte de Varsovie (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie, Albanie et Hongrie) et bon nombre des anciennes républiques de l'Union soviétique(Estonie, Lituanie, Lettonie, Géorgie et Ukraine), mais aussi à l’Asie pour inclure le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, et peut-être, au Moyen-Orient, admettre Israël. Aujourd'hui, l'OTAN, qui comptait au départ 12 membres, est passée à 26 membres. À l'avenir, si les USA atteignent leur objectif a sa manière, l'OTAN pourrait devenir une organisation de 40 membres.

Aux USA, tant les Républicains que les Démocrates voient la transformation de la vieille OTAN en cette nouvelle alliance offensive militaire comme une bonne idée (néocone) pour promouvoir les intérêts US partout dans le monde, ainsi que ceux de ses proches alliés, comme Israël. Ce n'est pas seulement une idée activement promue par l’administration néocone Bush-Cheney, mais aussi par les conseillers néoconservateurs des deux candidats à l'élection présidentielle US de 2008, le sénateur John McCain et le sénateur Barack Obama. En effet, les deux candidats sont d’enthousiastes partisans de l’interventionnisme militaire, et c'est essentiellement parce que tous deux s’appuient sur des conseillers provenant des mêmes milieux néocons.

Par exemple, la précipitation avec laquelle les Bush-Cheney ont imprudemment promis à l'ancienne république soviétique de Géorgie l'adhésion à l'OTAN et fourni un appui et un ravitaillement militaire US est un bon exemple de la manière dont l'OTAN est perçue à Washington DC par les deux principaux partis politiques US. D'une part, le candidat présidentiel républicain John McCain envisage un nouvel ordre mondial construit autour d'une "Ligue des démocraties» d’inspiration néocon qui remplacerait de facto les Nations Unies et par laquelle les USA gouverneraient le monde. D’autre part, le sénateur Barack Obama n'a pas une position très lointaine des propositions de politique étrangère du sénateur McCain. En effet, le sénateur Obama préconise l'utilisation de la force militaire des USA et des interventions militaires multilatérales dans les crises régionales, pour "des raisons humanitaires", même si ce faisant, l'ONU doit être court-circuitée. Par conséquent, si jamais il obtient le pouvoir, il y a fort à parier que le sénateur Obama n'aurait pas de scrupule à adopter la vision du monde du sénateur McCain. Par exemple, les deux candidats à l'élection présidentielle seraient probablement favorables à la suppression de la clause « no first strike » (ne pas être les premiers à attaquer) de la convention de l'OTAN. On peut tenir pour acquis que quel que soit l’homme politique qui entrera à la Maison Blanche, le monde sera moins régi par les lois et moins sûr, et la situation ne sera guère meilleure qu’elle ne l'est sous l’administration voyoute des Bush-Cheney.

Il est toutefois difficile de voir en quoi ce nouveau rôle offensif attribué l'OTAN serait dans l'intérêt des pays d'Europe ou du Canada. L’Europe de l'Ouest, en particulier, a tout à craindre d'une résurgence de la guerre froide avec la Russie, et peut-être avec la Chine. La transformation de l’OTAN d’organisation militaire de défense de l'Atlantique Nord en une organisation militaire offensive d’envergure mondiale sous direction US va avoir des répercussions géopolitiques internationales à travers le monde, mais surtout pour l'Europe. L'Europe a une forte attraction économique pour la Russie. Alors pourquoi s’embarquer dans la politique agressive d'encerclement militaire de la Russie de l'administration Bush-Cheney par un élargissement de l'OTAN aux portes de la Russie la porte et en plaçant des boucliers anti- missiles juste à côté de la Russie? Ne serait-il pas mieux pour l'Europe de développer des relations économiques et politiques harmonieuses avec la Russie? Pourquoi préparer la prochaine guerre?

Quant au Canada, sous le gouvernement minoritaire du Néocon Steven Harper, il est malheureusement devenu de facto une colonie US en ce qui concerne les affaires étrangères, et cela, sans tout débat sérieux ni référendum à cet effet au Canada même. La dernière chose dont le Canada ait besoin serait de poursuivre sur cette route minée.

En conclusion, il semblerait que l’ idée humaniste de faire la promotion de la paix, du libre-échange et du droit international comme fondements de l'ordre mondial a été écartée au profit d'un retour à la politique de grande puissance et à la diplomatie de la canonnière. Il s'agit d'un retour en arrière de 100 ans.

C’est une honte.

Rodrigue Tremblay Article original en anglais, Why Not Simply Abolish NATO?, publié le 20 août 2008.

''Traduction Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.

Rodrigue Tremblay est professeur émérite de sciences économiques à l'Université de Montréal. Il est l'auteur du livre «Le nouvel empire américain.» Visitez son blogue à l'adresse suivante: www.thenewamericanempire.com/blog. Il peut être rejoint à l'adresse suivante: rodrigue.tremblay@yahoo.com.

Rodrigue Tremblay est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de Rodrigue Tremblay publiés par Mondialisation.ca''

"Que signifie un retour complet de la France au sein de l'Otan?"

http://www.france.attac.org/spip.php?article7509

dimanche 8 février 2009

Uranium appauvri et OTAN

Toujours la même équipe de tête lorsqu'il s'agit de classer les états fabriquants d'armes de guerre, et notamment les armes nucléaires. L'inventaire mondial des stocks d'uranium appauvri (UA) est le suivant :

Pays Organisation Stocks d'UA (tonnes)

  • États-Unis DOE 480 000 tonnes 2002
  • Russie FAEA 460 000 tonnes 1996
  • France Areva NC 190 000 tonnes 2001
  • Royaume-Uni BNFL 30 000 tonnes 2001
  • Allemagne URENCO 16 000 tonnes 1999

Lorsque l'on connaît les dégâts causés par ce type d'arsenal on peut douter des objectifs de paix avancés par l'OTAN. Les bombes à l'uranium appauvri ont été utilisées dans les derniers conflits, notamment au Kosovo et en Afghanistan. Leurs populations civiles sont dans une situation sanitaire catastrophique et les régions polluées à vie.

Malgré la résolution du Parlement européen en 2003, demandant l'interdiction d'utiliser cette catégorie d'armes, les États-Unis continue de nier leur nocivité et les utilise dans leurs opérations de guerre.

Pour en savoir plus :

lundi 2 février 2009

L'Afghanistan sera-t-il un jour le Diên Biên Phu de l'OTAN ?

les_Afghans.jpg

L’Afghanistan est un haut pays enclavé, entouré de hautes montagnes dont l’Hindü Küch. Les pays frontaliers de l’Afghanistan sont la Chine, à l’est, l’Iran, à l’ouest, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan, au nord et le Pakistan au sud.

La principale voie de ravitaillement des troupes de l’OTAN passe actuellement par le port pakistanais de Karachi, puis par le col de Khyber, principale voie d’accès à l’Afghanistan, dans la province pakistanaise du Nord-Ouest. Chaque jour 350 camions, transportant, en moyenne 7000 tonnes de matériel à destination des forces occidentales, passent par le col de Khyber.

Pour les forces de l’OTAN, la région du Nord-Ouest est une région peu sûre où les camions chargés de matériel militaire et de carburant sont régulièrement attaqués par les résistants pakistanais et afghans. Conséquences des attaques: certaines bases militaires du sud de l’Afghanistan manquent de tout, et «arrêtent tous les mouvements et toutes les offensives parce qu’elles sont à court de carburant» (Syed Saleem Shahzad- Le Monde Diplomatique d’octobre 2008).

Sous la pression des Etats-Unis, l’armée pakistanaise mène actuellement une campagne de «sécurisation» des voies de communication dans la région du Nord-Ouest. Cette campagne militaire a deux inconvénients pour l’Etat : le mécontentement et l’opposition croissants des «islamistes», soutiens traditionnels de l’Etat pakistanais, dans sa croisade pour le Cachemire et contre l’Inde, d’une part, et l’immobilisation d’une partie de l’armée pakistanaise, loin des frontières indiennes, d’autre part.

L’aggravation des tensions entre l’Inde et le Pakistan a conduit ce dernier à déplacer 20 000 hommes vers la frontière indienne, laissant un répit aux résistants pakistanais qui combattent la présence occidentale dans la région. Ce qui n’arrange pas les affaires de l’OTAN, même si les Etats-Unis tentent de calmer la tension entre l’Inde et le Pakistan.

Actuellement, l’OTAN cherche d’autres voies pour ravitailler ses bases militaires. Les négociations vont bon train avec les voisins du nord de l’Afghanistan. L’accord éventuel du Turkménistan ou de l’Ouzbékistan en vue d’autoriser le passage des convois de l’OTAN à travers leur territoire, ne sera ni sans contre partie économique, voire politique, ni sans danger pour les pays transitaires. En effet, les sentiments antioccidentaux sont fort présents en Asie centrale. L’opposition en profitera sûrement pour se renforcer, en stigmatisant les gouvernements locaux comme étant des «laquais de l’impérialisme occidental» et pour harceler les convois de ravitaillement de l’OTAN, transitant par l’Asie centrale.

Une autre voie consiste à convoyer les camions de ravitaillement des bases de l’OTAN, via l’Iran. Les autorités américaines discutent actuellement avec l’Iran de cette éventualité. Vu les tensions existantes entre l’Iran et l’Occident, il est permis de penser que l’Iran mettra dans la balance des négociations, des exigences autrement plus stratégiques que les voisins du nord de l’Afghanistan. Il est à souligner qu’au moindre problème, le ravitaillement des bases de l’OTAN pourrait être pris en otage par l’Iran et les voisins du nord de l’Afghanistan, moins fiables que le Pakistan, acquis politiquement aux Etats-Unis.

L’enclavement de l’Afghanistan est le talon d’Achille de l’OTAN, qui a plus besoin des voisins de l’Afghanistan, surtout de l’Iran, que l’inverse. En effet, grâce à l’Iran, une paix relative règne en Irak. Les chiites contestataires de l’Armée du Mahdi, à l’écoute de l’Iran, se sont «calmés» et les Etats-Unis ne cachent pas que la clé de la «pacification» de l’Afghanistan se trouve aussi en Iran. La position géostratégique de l’Iran, ainsi que sa prépondérance politique et militaire grandissante au Moyen-Orient et en Asie centrale inquiètent Israël qui craint pour ses conquêtes territoriales, sa puissance militaire, son influence politique et, in fine, sa «sécurité».

Les anticolonialistes étendent leur influence et celle des Saoudiens, des Egyptiens et autres laquais des Etats-Unis recule d’autant. Il est temps pour eux de renforcer les acquis territoriaux en Irak et en Afghanistan, pièces maîtresses de la domination planétaire des Etats-Unis et de l’Occident.

Les Etats-Unis et l’Iran parleront de tout et sans tabou. L’enjeu pour l’Iran: la reconnaissance de sa stature de grande puissance régionale. L’avenir nous dira si l’intérêt stratégique des Etats-Unis conduira cette puissance à composer sérieusement avec l’Iran, même s’il faut pour cela réduire la «voilure» de la puissance israélienne au Moyen-Orient?

Israël gronde et menace. Les Etats-Unis sont soucieux de préserver leur hégémonie planétaire, craignent de perdre l’Afghanistan, si stratégique et si enclavé que géographiquement, il ressemble, à s’y méprendre, à Diên Biên Phu.

Analyse publiée également sur http://geopolitiquedumoyen-orient.blogspot.com

dimanche 1 février 2009

L'OTAN, quelques repères historiques

L'OTAN est un enfant survivant de la guerre froide progressivement installée dans les années 46 - 47. En mars 1947, le président Truman avait annoncé sa volonté de venir en aide aux pays « libres » menacés par la « subversion », en l'occurrence la Grèce et la Turquie. En septembre de la même année, lors de la création du Kominform, les Soviétiques lui avaient répondu en proclamant la théorie des deux camps, le camp « impérialiste », dirigé par les Etats-Unis, et le camp « démocratique », rassemblé derrière l'Union soviétique.

C'est dans ce contexte que l'Alliance atlantique fut signée le 4 avril 1949 par 12 pays. Pour ses promoteurs, il s'agissait de garantir que, contrairement à ce qui s'était passé au cours des deux guerres mondiales, les Etats-Unis soient physiquement présents sur le sol européen dès le déclenchement d'un éventuel troisième conflit. Les architectes du « containment » (G. Kennan, P. Nitze, D. Acheson) considéraient en effet que les Etats-Unis avaient gravement pâti de leur engagement tardif, en 1917 et en 1941. Les politiques ouest-européens qui avaient été à l'origine de la fondation de l'UEO en mars 1948 partageaient ce point de vue. Il s'agissait donc d'un changement majeur de politique : la nouvelle ligne de front devenait la « menace » soviétique et les Etats-Unis devaient prendre la tête de cette nouvelle alliance. La Grande Alliance de l'époque rooseveltienne fut donc ainsi rompue. Ce changement de ligne correspondait pour une part à une réponse à l'intransigeance soviétique sur les questions de sécurité en Europe (question allemande et reconnaissance des nouveaux régimes est-européens), mais aussi à un retour des élites américaines à des convictions anti-soviétiques datant de 1917, dont Truman était un digne représentant.

L'alliance ainsi conclue était absolument inédite en temps de paix. Elle couvrait l'ensemble nord-américain, l'océan atlantique et une grande partie de l'Europe occidentale. Avec la création par l'URSS de l'organisation du Traité de Varsovie et le réarmement allemand en 1955, on assista à la division militaro-stratégique du vieux continent en deux systèmes clairement délimités géographiquement et idéologiquement, chacune des deux coalitions fortement armées adoptant une posture hautement offensive. Peu de temps après la signature de l'Alliance atlantique éclata la guerre de Corée, qui fut largement considérée à l'Ouest comme une répétition générale de ce qui pourrait advenir en Centre-Europe. On assista donc au développement rapide d'une double structure politique et militaire. La structure politique, administrative et parlementaire était et reste coiffée par un secrétaire général issu d'un pays européen. La structure militaire est chapeautée par le Conseil militaire où siègent les états membres (12 à l'origine, 28 aujourd'hui depuis l'adhésion de l'Albanie et de la Croatie), mais son commandement opérationnel, le SACEUR, est toujours exercé par le commandant en chef des forces américaines en Europe. La subordination de l'OTAN aux intérêts principaux de la politique américaine a donc été immédiate. Quant à l'instrumentalisation constante du thème de la « menace »soviétique, elle a été un puissant moyen pour obtenir l'alignement des alliés européens en même temps qu'un facteur déterminant de la course aux armements.

Parallèlement au développement de ces structures, la doctrine militaire de l'OTAN s'est rapidement nucléarisée. Lors du sommet d'Athènes en 1967 fut adoptée la doctrine dite de riposte graduée formulée dès 1962 par le secrétaire à la Défense Robert Mac Namara. En fait, les stratèges de l'Alliance avaient accepté l'idée qu'une guerre nucléaire limitée puisse être circonscrite à l'Europe. L'Europe n'était plus à leurs yeux qu'un « théâtre » où devaient être franchis les premiers pas de l'escalade nucléaire. Ces vues quelques peu aventureuses reposaient sur la conviction qui a perduré tout au long de la guerre froide selon laquelle les défenses de l'OTAN ne pourraient pas résister à une poussée conventionnelle soviétique. C'est notamment le refus français de la riposte graduée et de la guerre nucléaire limitée qui poussa en 1966 le général de Gaulle à faire sortir la France des organismes militaires intégrés.

L'Otan traversa alors une crise profonde, à la fois politique et militaire, l'OTAN se trouvant ainsi privée de son « arrière »stratégique. Les stratèges de l'OTAN furent ainsi conduits à rechercher les moyens de porter la guerre le plus à l'Est possible dès la phase initiale d'un conflit.

Depuis sa création, l'histoire de l'OTAN fut marquée par des périodes de tensions internationales très vives. En tant que telle, l'Otan a rarement contribué à l'apaisement de ces tensions, mais a souvent fait beaucoup pour les exacerber. Ce fut le cas lors du réarmement allemand, ainsi que lors de la « double décision » de décembre 1979 sur les euromissiles et lors de l'adoption du concept « FOFA » pour les opérations aéroterrestres au début des années 80. Il en résulta que l'année 1983 fut certainement l'année à plus haut risque de toute la guerre froide. Il en va de même du feu vert donné par le sommet de Bucarest aux plans américains d'installation de systèmes anti-missiles en Pologne et en république tchèque. En revanche, l'OTAN joua sa partition dans la fin de la guerre froide lorsqu'à la réunion de Londres en juillet 1990 elle renonça à la doctrine de riposte graduée et cessa de considérer l'Union soviétique comme une menace.

Avec la fin de la guerre froide, la disparition de l'Union soviétique et le recul spectaculaire de la frontière russe en Europe, au tournant des années 90, aucune des bases sur lesquelles l'OTAN s'était édifiée n'existait plus. Elle avait perdu sa fonction en tant qu'alliance militaire stratégique défensive. La dissolution du Traité de Varsovie en 1991 aurait dû entraîner celle de l'OTAN également. Mais il n'en fut pas ainsi. Les dirigeants occidentaux, se considérant comme les vainqueurs de la guerre froide, ne purent se résoudre à envisager la disparition de l'alliance victorieuse. Il n'y eut alors au sein de l'OTAN aucune réflexion sur les buts de l'alliance dans ce nouveau contexte ni aucun réexamen des orientations stratégiques. On observe que l'alliance a cependant évolué dans deux directions principales.

Premièrement, l'OTAN a montré une véritable boulimie de nouveaux territoires toujours plus à l'Est. Très vite, elle a créé des antichambres multiples pour faire patienter les états candidats, d'abord le COCONA, puis le Partenariat pour la paix, aujourd'hui le MAP. Elle a peu à peu absorbé tous les anciens pays du Traité de Varsovie et a même, dans le cas des trois républiques baltes, intégré d'anciens territoires ayant appartenu à l'Union soviétique elle-même. Ce faisant, les Etats-Unis et l'OTAN ont violé la parole donné par le secrétaire d'Etat James Baker en 1990, lorsqu'il avait promis à M. Gorbatchev que l'OTAN ne s'étendrait pas à l'Est. La nouvelle Russie a tendance à voir dans ce manquement une sorte de retour à la politique de « cordon sanitaire » des années 20. Dans l'esprit des responsables américains, il est clair que l'alliance a vocation à aller de l'Islande aux rives de la Caspienne. Ils soutiennent l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne car dans cette hypothèse les deux cartes de l'Union et de l'OTAN coïncideraient presque parfaitement. Pourtant, lors du sommet de Bucarest début avril 2008, l'administration américaine n'a pu obtenir le feu vert des alliés à l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie. Il s'agit là pour la diplomatie américaine d'un échec provisoire puisque la question a été reportée à 2009. C'est quand même pour l'administration Bush un revers d'autant plus notable qu'elle avait beaucoup investi dans l'adhésion de ces deux pays.

En second lieu, l'OTAN a manifesté depuis 1994 des tendances de plus en plus prononcées à l'interventionnisme tous azimuts, hors de la zone qui lui était originellement dédiée. C'est ce qu'on appelle parfois « l'OTAN globale », vouée à jouer un rôle de gendarme non dans toutes les affaires du monde, mais dans certaines crises jugées prioritaires du point de vue de la politique extérieure américaine. L'OTAN a mis au service de ce nouvel interventionnisme sa capacité sans égale à gérer de grandes coalitions multinationales complexes. Les interventions balkaniques ont marqué une étape décisive dans la redéfinition stratégique des fonctions de l'OTAN après la guerre froide. Dès févier 1994, elle est intervenue directement dans les conflits yougoslaves en bombardant les positions d'artillerie lourde serbe autour de Sarajevo, sur la base d'une incapacité de l'Onu à les gérer et avec une certaine volonté de se substituer à l'organisation internationale. Après les accords de Dayton de décembre 1995, l'OTAN a mis en place en Bosnie une force permanente lourdement équipée de 60 000 hommes, l'IFOR devenue plus tard la SFOR afin de remplacer la FORPRONU. En avril 1999, pour la première fois de son histoire, l'OTAN est entrée en guerre contre un état souverain en prenant partie contre la Yougoslavie dans le conflit kosovar. Elle répondait ainsi au désir qu'avait l'UCK d'internationaliser le conflit. La légitimité de cette intervention a été fortement contestée, la Yougoslavie n'ayant agressé aucun des états membres. Au cours de cette guerre, l'OTAN a eu l'occasion de tester l'évolution technologique vers les armes dites intelligentes en cours depuis le milieu des années 70. Ces armes ne firent pas totalement leurs preuves. Les pertes de l'armée serbe furent assez faibles au regard des moyens engagés contre elle. En revanche, la campagne aérienne de l'OTAN fut émaillée de nombreux « dommages collatéraux » et de nombreuses « bavures » aux dépens des populations civiles. Finalement, les trois semaines de combat prévues par le SACEUR le général Wesley Clark devinrent trois mois et l'OTAN n'osa pas passer à une offensive terrestre. Ce fut une sage décision qui lui évita l'enlisement dans la région. Au final, il fallut bien réintégrer le cadre de l'ONU en faisant avaliser les accords de Kumanovo par le conseil de sécurité (résolution 1244). Aujourd'hui, l'OTAN agit militairement en Afghanistan, dans le cadre de la conception américaine de la « guerre contre le terrorisme ». La force d'assistance à la sécurité (ISAF) a été mise en place en août 2003 après que la décision eut été prise à Bonn en décembre 2001. Initialement, l'aide de l'OTAN avait été refusée par l'administration Bush, qui préférait intervenir de façon totalement unilatérale, hors du cadre formel qui implique de négocier à la fois des objectifs et des moyens. Les Etats-Unis se sont rapidement ravisés, et ont invoqué à nouveau le vieux thème du « partage du fardeau » (burden sharing) dont on avait déjà usé et abusé tout au long de la guerre froide pour inciter les alliés européens à augmenter leurs dépenses militaires. Même si aucun membre européen de l'Alliance n'a fait totalement siens les concepts néoconservateurs qui sont à la base de cette guerre, la participation à la guerre en Afghanistan constitue pour l'alliance une véritable épreuve de vérité, car c'est dans les montagnes d'Afghanistan que pourrait bien se jouer l'avenir de l'alliance. Elle met aussi à l'épreuve la fidélité des alliés envers la politique américaine. Lors du sommet de Bucarest, l'administration Bush a eu difficilement gain de cause dans ses demandes de renforcement des forces non américaines de l'OTAN, grâce notamment au président Sarkozy, nouveau « bon élève » de la classe atlantique. L'OTAN est aujourd'hui à la croisée des chemins : elle est apparemment forte si l'on considère son extension et le nombre d'états postulants qui se pressent à sa porte. Pourtant le secrétaire à le Défense Robert Gates a mis en garde contre les risques « d'implosion » si le succès n'était pas au rendez-vous en Afghanistan.

Claude Cartigny . Collaborateur de la revue Recherches Internationales. Copyright © Fondation Gabriel Péri

jeudi 29 janvier 2009

Des chiffres qui font froids dans le dos : un monde armé jusqu'au dent

Les dépenses militaires des états en 2006 (1321 Milliards de dollar)

  • Les États-Unis ont déboursé 528,7 milliards (soit 46 % des dépenses militaires de la planète) dont 432 milliards pour mener leur guerre en Irak et en Afghanistan.
  • La Grande-Bretagne 59 Md$
  • La France 53 Md$
  • la Chine 49 Md$
  • Le Japon 43,7 Md$
  • La Russie 34,7 Md$

Les premières entreprises de l'armement (les chiffres d'affaires en milliards de dollar)

  1. - Lockheed Martin (USA) 36,1 Md$
  2. - Boeing (USA) 30,8 Md$
  3. - BAE System (Roy Uni) 25,1 Md$
  4. - Nothrop (USA) 23,6 Md$
  5. - Raytheon (USA) 19,5 Md$
  6. - General Dynamics (USA) 18,8 Md$
  7. - EADS (NDL) 13,2 Md$
  8. - L-3 Communications (USA) 10 Md$
  9. - Finmeccanica (Italie) 9,1 Md$
  10. - United Technologies (USA) 7,7 Md$
  11. - Thales (France) 7 Md$
  12. - KBR (USA) 6,4 Md$

total : 207,3 Md$ dont (152 Md$ pour les USA)

Les ventes d'armes dans le Monde

Les 100 plus importants fabricants d'armes au monde ont réalisé des ventes pour un montant de 290 milliards de dollar

  • 63 % des ventes par les 40 compagnies américaines
  • 29 % pour les européennes
  • Les États-Unis ont été les plus importants exportateurs d'armes entre 2002 et 2006, aux côtés de la Russie qui, en raison d'un marché intérieur limité, doit exporter la majorité de sa production.

Les armes nucléaires

En 2007, la planète compte 27 000 armes nucléaires, mais plus de 90% d'entre elles sont russes ou américaines

  1. Russie:14969 (3339*)
  2. États-unis : 9960 (5236*)
  3. France: < 300
  4. Chine: 130-200
  5. Royaume unis : < 200
  6. Israël: 75-200
  7. Pakistan: 24-60
  8. Inde: 40-50
  9. Corée du Nord: 0-12

(*) dont armes stratégiques déployées

sources: atlas militaire stratégique, SPIRI (l'Institut international de recherche pour la paix à Stockholm)

lundi 26 janvier 2009

Israël fortement soupçonné de crimes de guerre à Gaza

(Analyse publiée également sur http://geopolitiquedumoyen-orient.blogspot.com)

«Aujourd’hui l’absence de tout débat sur la perpétration des crimes s’apparente à de la complicité» (Directeur exécutif de la FIDH)

Un État moderne s’organise toujours autour de ses bâtiments administratifs, de ses écoles, de ses hôpitaux, de ses aéroports, de ses ports maritimes et de ses infrastructures routières. Farouchement opposée à la constitution d’un État palestinien souverain, l’armée israélienne détruit périodiquement et systématiquement toutes les infrastructures, les bâtiments, les écoles et les hôpitaux en Palestine. Ce n’est pas tout.

Dans un entretien accordé au journal Le Monde, SALAH ABDEL- JAWAD, professeur à l’Université de BIR ZEIT, parlant des objectifs de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, décrit clairement la politique de la terre brûlée de l’Etat d’Israël envers la Palestine: «Pourquoi bombarder les ministères, l’Université islamique et l’Ecole américaine de Gaza? Tout comme le saccage des bâtiments publics opéré en 2002, lors de l’invasion de la Cisjordanie. Ces actions participent d’un plan concerté. Il vise à détruire non seulement l’entité politique palestinienne mais aussi et surtout la société.» (Souligné par nous)(1).

Voici comment agit l’armée israélienne: «Quand nous soupçonnons qu’un combattant palestinien se cache dans une maison, nous tirons un missile, puis deux obus de tank et enfin un bulldozer abat les murs», explique un officier cité par Ha’aretz(2). Conséquences: «Toute les rues sont couvertes de gravas. La bande de Gaza est aujourd’hui méconnaissable», constate Eyad Sarraj, psychiatre palestinien, joint par téléphone à Gaza(3). Dire que chaque famille participe, d’une manière ou d’une autre, à la lutte pour l’indépendance palestinienne et on aura une idée de l’étendue des dégâts à Gaza.

Seules quelques bribes d’informations arrivent à contourner la censure militaire israélienne. Les rares images qui nous sont parvenues sont insupportables: civils palestiniens, femmes, hommes et enfants, déchiquetés, amputés gisant à même le sol, dans les décombres de leur maison ou dans la rue. Ces images démontrent que détruire la société palestinienne n’est pas l’unique objectif des incursions et des guerres permanentes que l’armée israélienne livre aux Palestiniens. L’enclavement de la bande de Gaza a offert aux industries militaires américaines la possibilité de tester de nouveaux types d’armes. Selon des médecins norvégiens, seuls occidentaux présents à Gaza : «Les militaires américains expérimentent de nouveaux types d’armes, connues sous l’acronyme DIME, pour Defense Inert Metal Explosive»(4).

L’expérimentation devait se faire sans témoins étrangers. Pour Antoine Bernard, directeur exécutif de la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH), «la question des preuves est la raison pour laquelle les Israéliens ont fermé l’accès à Gaza»(5). Gaza transformé en laboratoire et les Gazaouis en rats de labo!

La question des «crimes de guerre» commis par l’armée israélienne est posée. Pour Ban Ki-MOON, secrétaire général de l’ONU: les responsables des bombardements contre des bâtiments de l’ONU devraient être identifiés et «rendre des comptes devant des instances judiciaires»(6). De son côté, la FIDH a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de saisir le procureur Luis Moreno-Ocampo des «crimes» commis par l’armée israélienne dans la bande de Gaza depuis le début de l’opération militaire. «Aujourd’hui l’absence de tout débat sur la perpétration des crimes s’apparente à de la complicité» affirme Antoine Bernard, directeur exécutif de la FIDH(7). Le Monde du 25-26/01/09 révèle qu’«Israël prépare sa défense contre des accusations de crimes de guerre». Ce qui prouve que l’Etat d’Israël a commis consciemment son forfait et qu’il se prépare à en assumer les conséquences.

Malgré tant d’évidence, certains intellectuels, comme Frédéric Encel, directeur de recherche à l’Institut français de géopolitique et à Sciences Po, arrivent pourtant à défendre Israël. D’après F. Encel, «Le mouvement islamiste radical, rebelle à l’Autorité palestinienne depuis son putsch de juin 2007 à Gaza, est hors la loi internationale»(8).

Monsieur le chercheur ignore-t-il qu’Israël, depuis sa création il y a 60 ans, n’a jamais appliqué aucune des résolutions de l’ONU et les guerres à répétition qu’il impose au Moyen-Orient découlent de ce refus de se plier à la loi internationale? Toujours selon F. Encel, le Hamas est «hors la loi internationale» parce qu’il refuse d’«abandonner l’usage de la violence et reconnaître Israël», état colonialiste et violent. Toujours est-il que ce monsieur ignore qu’ «il n’y a pas de roquettes en Cisjordanie, pas de résistance, et pourtant l’occupation est toujours en place. Après quatre ans et deux jours au pouvoir, Abbas n’a pas obtenu la levée d’un seul check-point et le démantèlement d’une seule colonie. Si le Hamas est responsable à Gaza, qui est responsable en Cisjordanie ?» (Qadoura Farès, ancien député du Fatah)(9).

Monsieur le directeur ignore-t-il que la défense de la souveraineté territoriale et politique est un droit reconnu par toutes les chartes et lois internationales? Pour certains intellectuels comme F. Encel, serviteur du colonialisme, ce droit ne s’applique pas à Israël, qualifié par lui d’«authentique démocratie en guerre». Autrement dit, pour F. Encel, les Palestiniens doivent renoncer à se battre, plier l’échine, accepter les check-points, vivre le développement de la colonisation de la Cisjordanie, et tant d’autres humiliations et violences de l’Etat d’Israël, et reconnaître la légitimité du colonialisme israélien sur la terre palestinienne. Plus serviteur du colonialisme que moi, tu meurs!

Faut-il rappeler à monsieur le chercheur en géopolitique qu’il n’est un secret pour personne que les dirigeants israéliens, en insistant sur le caractère juif de l’Etat d’Israël, ont mis en place un Etat d’apartheid où vivent les citoyens de premières zone (Juifs), ayant tous les droits et, ceux de deuxième zone (Arabes israéliens, 20% de la population) qui ont beaucoup moins de droits. Force est de constater que vous n’avez pas la même conception des régimes démocratiques que le commun des mortels. Ce n’est pas étonnant.

Sources : (1) Le Monde du 06/01/09 (2) LM du 08/01/09 (3) LM du 08/01/09 (4) LM du 13/01/09 (5) LM du 25-26/01/09 (6) LM du25-26/01/09 (7) LM du 16/01/09 (8) LM du 22/01/09 (9) LM du 18-19/01/09

dimanche 25 janvier 2009

Conseil de sécurité - G8 - Otan

Qu'en est-il de la paix et de la sécurité internationale, du principe d'égalité des peuples et de leurs droits à disposer d'eux-mêmes, bases du texte fondateur des principales missions de l'ONU? A lire: "Les directoires qui assurent l'hégémonie des grandes puissances" dans:

http://www.france.attac.org/spip.php?article6865

Les six décennies de l'OTAN

"L'ALLIANCE ATLANTIQUE A LA RECHERCHE DE NOUVELLES MISSIONS" Monde diplomatique (avril 2008)

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/04/A/15787

samedi 24 janvier 2009

La «Nouvelle aube»: le rêve d’«Empire moral» d’Obama

Plus qu’un «agent de changement», Obama apparaît davantage comme un agent de l’interventionnisme américain dans les affaires des pays souverains

Au fur et à mesure que l’on s’approche du 20 janvier 2009, date de la passation du pouvoir à Washington, la politique étrangère de l’équipe Obama se précise. Au vu de la composition de son équipe, ses partisans les plus zélés (un peu naïfs?) se demandent où est le changement?

Le choix d’Hilary Clinton au poste de secrétaire d’état, une sioniste notoire, qui a voté pour l’occupation de l’Irak et qui a rendu visite aux militaires qui y sont stationnés, est un signal rassurant envoyé aux militaristes de Washington qui avaient peut-être quelques inquiétudes pour leur carnet de commandes. Elle forme un tandem avec le général James Jones, nommé conseiller à la sécurité nationale à la Maison Blanche. Cet ancien commandant en chef de l’OTAN est proche de John McCain, donc des va-t-en guerre du Pentagone. Ces nominations ne reflètent-t-elles pas le poids pesant du complexe militaro-industriel au sein de la classe politique?

La feuille de route de Mme Clinton: «restaurer les alliances» de l’Amérique, afin de rétablir son rang mondial comme «force de changement»(1)! Une chose est certaine: l’Amérique de la «force de changement» poursuivra les mêmes objectifs que celle du «chaos constructif» dont l’objectif était aussi de changer le monde au profit des intérêts américains. Néanmoins, il apparaît une différence tactique. Si le «chaos constructif» de Bush s’organisait autour de l’«unilatéralisme» et le choix à la carte des alliances, la «force de changement» d’Obama se veut multipolaire, mobilisant les alliés bellicistes européens (Français, Britanniques et Allemands) sous l’égide de Washington.

Faut-il souligner que les crimes de guerre commis par l’administration Bush n’ont jamais été dénoncés par le futur locataire de la Maison Blanche? La seule critique adressée par Obama à l’équipe Bush concerne la stupidité de la guerre d’Irak et l’abandon du champ de bataille, qualifié de principal, en Afghanistan et au Pakistan. Pour Obama, le camp de concentration de Guantanamo n’est qu’une plaie sur l’image, ô combien angélique, du rêve américain et sa fermeture suffirait pour réaliser son rêve d’«Empire moral»!

Pourtant, pour les habitants des zones de guerre colonialistes, du Moyen-Orient à l’Asie centrale, des régions entières sont transformées en Guantanamo. En effet, les promesses macabres de Bush de ramener l’Irak 50 ans en arrière ou de ramener l’Afghanistan à l’âge de pierre, ont été bel et bien réalisées et Obama n’a rien à reprocher à son prédécesseur. Voici le récit d’Irak de Shaker Al-Anbari, journaliste libanais d’«Al- Mustaqbal»: «Le pays est confronté au choléra, à l’effondrement des services publics, à l’absence d’hôpitaux et de services médicaux d’urgence, à l’accumulation des ordures, au chômage, à la peur des assassinats, aux coupures d’électricité, à la pollution, causée par des millions de générateurs au mazout, à l’exode de millions de personnes instruites, au pillage par les soldats d’occupation et les services de sécurité privés, à l’infiltration par des services de renseignements étrangers et à l’effondrement du civisme»(3).

Avant même sa prise de fonction, les recommandations d’Obama pour concentrer l’effort de guerre colonialiste en Afghanistan et au Pakistan, se concrétisent. Au Pakistan, la guerre fait rage dans le district de Bajaur, un district extrêmement pauvre des Zones tribales, et dans la vallée de Swat. «Près de 300 000 personnes ont dû fuir les combats»(4). La situation est telle que les «Etats-Unis ont aussitôt décidé de rapatrier à Islamabad leur personnel humanitaire basé à Peshawar»(5), chef- lieu de la province frontalière du Nord-Ouest (NWEP). Aux réfugiés palestiniens, irakiens et afghans, se rajoutent actuellement des réfugiés pakistanais. Le rêve d’«empire moral» d’Obama est un véritable cauchemar pour les peuples.

Plus qu’un «agent de changement» pour certains, Obama apparaît davantage, comme ses prédécesseurs, comme un agent de l’interventionnisme américain dans les affaires des pays souverains. En effet, Obama ne cache pas ses intentions belliqueuses à l’égard du Pakistan: exercer des pressions sur le Pakistan pour changer sa politique afghane.

L’Afghanistan occupe une place prépondérante dans la politique des ennemis héréditaires du sous continent indien. Depuis plus de soixante ans l’ISI, les services pakistanais, et la RAW (Research and Analysis Wing) service de renseignements indien, se livrent une guerre clandestine sans merci sur le sol afghan. L’objectif de l’Inde: s’attirer les faveurs du gouvernement afghan afin de compléter l’encerclement du Pakistan, qui cherche, à son tour, à vassaliser ce pays, qualifié de «profondeur stratégique» pour les besoins d’un éventuel futur affrontement indo- pakistanais. Tout porte à croire que, sur le plan stratégique, les Etats-Unis et le Pakistan ont des intérêts contradictoires . Assurés du soutien du tandem Obama-Clinton, les Israéliens accentuent leur pression sur la bande de Gaza où 80% de la population dépend entièrement de l’aide des Nations unies. Pour récompenser Israël, les proches d’Obama font courir le bruit d’un éventuel accord stratégique Etats-Unis - Israël, tandis que le Conseil européen a décidé l’approfondissement de ses liens avec Israël, Etat qui viole régulièrement les droits de l’homme les plus élémentaires.

Malgré autant d’efforts militaires, la coalition occidentale a-t-elle une chance de réussite en Afghanistan? «Il y a plus de sept mille soldats britanniques, et nous contrôlons à peine deux districts et demi»(6) déclare Zalmaï Rassoul, conseiller pour la Sécurité nationale du président marionnette afghan, Hamid Karzaï. Pour William Wood, ambassadeur américain en Afghanistan, la guerre sera longue, parce que les Afghans «sont renommés pour avoir conservé leurs vallées contre n’importe quel ennemi»(7). C’est reconnaître que l’OTAN est l’ennemi du peuple afghan.

On entend le même son de cloche côté français. Pour Bernard Kouchner, transformé en guerrier «humanitaire», «personne n’a jamais dompté l’Afghanistan, ni les Anglais ni Alexandre» (8). CQFD! Est-ce par anticipation qu’il reconnaît comme une «erreur» l’établissement d’un secrétariat aux droits de l’homme, en disant qu’«on ne peut pas diriger la politique étrangère d’un pays uniquement en fonction des droits de l’homme»(2)?

Avec l’Iran, la situation n’est pas meilleure. En attendant l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche, le gouvernement iranien a lancé la construction de plusieurs raffineries dans le pays et encourage les automobilistes à s’adapter pour consommer du GPL. Les tensions se sont ravivées au sein du gouvernement, et les tenants de la réconciliation avec les Etats-Unis sont critiqués par les radicaux qui ne croient pas aux avances d’Obama, traité de «cowboy» par le président de l’Assemblée islamique. Afin d’augmenter sa pression sur l’Iran, le mécontentement des Iraniens face à la politique réactionnaire du gouvernement d’Ahmadinejad, sera mis à profit par l’équipe Obama. Les tensions ne cessent de croitre en Iran et dans la région.

Du Moyen-Orient à l’Asie centrale, les premiers pas de l’équipe Obama ressemblent, à s’y méprendre, à ceux de l’administration Bush: étendre les guerres, violer les droits humanitaires, développer les camps de réfugiés, diviser et affamer pour mieux régner, développer les dépenses militaires à la grande satisfaction des militaristes américains qui ne connaissent pas de crise économique. N’est-ce pas le vrai «changement», dans un monde en proie à la crise économique?

(1) Le Monde du 03/12/08. (2) Entretien au quotidien Parisien –Aujourd’hui en France du 10/12/08. (3) Courrier international du 20 au 26 novembre 2008. (4) Courrier international du 27 novembre au 3 décembre 2008. (5) Frédéric BOBIN- Le Monde du 18/11/08. (6) LM du 08/11/08. (7) LM du 28/10/08. (8) LM du 25/11/08.