BRUXELLES - La France a obtenu l'accord de principe des Etats-Unis pour prendre deux postes de commandement dans l'Otan, un préalable à sa pleine réintégration au sein de la structure militaire de l'Alliance atlantique, confirme un diplomate en poste à Bruxelles.

"Il y a un accord officieux entre les deux gouvernements", a dit ce diplomate bien au fait du dossier. Le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan, dont elle est absente depuis 1966 sur décision du général de Gaulle, devrait être officialisé lors des cérémonies du 60e anniversaire de l'Alliance à Strasbourg et Kehl, les 3 et 4 avril prochains. L'un des deux commandements attribués à des généraux français sera basé à Norfolk, dans l'Etat américain de Virginie, où se trouve l'Allied Command Transformation (ACT), chargé de piloter les transformations de l'Alliance. Un autre général français devrait prendre la tête de l'un des commandements régionaux de l'Otan basé à Lisbonne, où se trouve le quartier général de la Force de réaction rapide de l'Otan ainsi qu'un centre d'analyses de photos satellites. Le diplomate interrogé à Bruxelles a cependant ajouté que l'accord n'était pas finalisé et que Paris devait encore préciser les modalités exactes et la date de son retour dans la structure militaire intégrée. Le quotidien français Le Monde daté de jeudi précisait que les deux postes qui devraient être confiés à des généraux français avaient été négociés notamment entre le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Jean-David Lévitte, et le conseiller du nouveau président américain Barack Obama pour la sécurité nationale, le général James Jones.

RENCONTRE MERKEL-SARKOZY SAMEDI À MUNICH

Lors du sommet de l'Otan de Bucarest en avril dernier, Nicolas Sarkozy avait fixé à 2009 l'échéance pour les décisions sur la pleine réintégration de la France dans l'Otan et annoncé l'envoi de 700 hommes supplémentaires dans l'Est afghan dans le cadre de l'Alliance atlantique. Dès son arrivée au pouvoir en 1995, le prédécesseur de Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, avait déjà tenté un tel rapprochement, rompant avec une politique de non-alignement sur Washington. Mais le processus avait été arrêté. Les Français revendiquaient à l'époque le commandement Otan de Naples, qui dirige la VIe flotte américaine croisant en Méditerranée. Les Etats-Unis s'y étaient opposés. Nicolas Sarkozy avait conditionné le plein retour de la France dans l'Otan à des progrès sur l'Europe de la Défense, un sujet délicat en raison des réticences britanniques. L'octroi de commandements à des officiers français signifie également qu'Allemands et Britanniques seront moins bien servis. La réintégration de la France dans le commandement intégré devrait être au menu des discussions entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, qui participent à une Conférence sur la sécurité samedi à Munich. Dans un texte commun diffusé mardi dernier, les deux dirigeants appelaient à renforcer le partenariat UE-Otan, mais dans le cadre d'une "politique concertée" excluant toute prise de décision unilatérale. "Pour nous, il est clair que notre politique de sécurité doit être définie de manière plus large", expliquaient Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Celle-ci doit prendre en compte, outre les questions proprement militaires, "la situation financière internationale, les approvisionnements énergétiques ou les questions migratoires. "Nous devons adapter nos concepts : pour répondre aux crises et aux conflits, nous avons besoin d'approche globale, de partenariats toujours plus solides et stables, et d'outils flexibles", ajoutaient-ils. Elizabeth Pineau et Guy Kerivel, édité par Yves Clarisse. L'Express