La "sécurité commune" de Sarkozy-Merkel menace l'Etat de droit
Par redac3 le jeudi 12 février 2009, 15:34 - analyses géopolitiques - Lien permanent
Paix et Justice au Moyen-Orient
Dans un article solennel, publié dans Le Monde du 05 février 2009, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, Chancelière de la République fédérale d’Allemagne, ont présenté leur vision de la «sécurité commune».
L’article commence par citer Leibnitz et Voltaire, un Allemand et un Français, qui ont réfléchi à ce que pourrait être le «meilleur des mondes». Pour atteindre ce «monde», les deux chefs d’Etat avancent une analyse et désignent un ennemi. L’analyse repose sur la «guerre dans le Caucase, le premier conflit militaire de ce siècle en Europe», «les affrontements entre Israël et le Hamas», «la crise nucléaire iranienne», «la violence en Afghanistan et au Pakistan» ou les «affrontements en Afrique, au Congo et au Soudan». Il s’agit d’une panoplie de tensions qui existent depuis des siècles, ou de conflits, provoqués et entretenus par les puissances occidentales.
Le Caucase est une région instable, que se disputent depuis des siècles entre les Empires Perse et Russe et qui, en 1828 vit la défaite de la Perse, cédant ses provinces caucasiennes du Daghestan, d’Arménie, de Géorgie, d’Azerbaïdjan du Nord à l’Empire russe. Les peuples de cette contrée se battent depuis plus de deux siècles contre le colonialisme russe, et les tentatives d’assimilation de la Russie n’ont jamais abouti. Les guerres en Tchétchénie, au Daghestan ou en Géorgie ne sont que la continuation des luttes d’indépendance menées par les peuples de la région contre l’Empire russe et parler du «premier conflit militaire de ce siècle en Europe», c’est ignorer l’histoire dans le but d’organiser une séquence de communication pour la promotion de la peur.
L’affrontement en Afrique a des origines colonialistes et néocolonialistes. Les puissances occidentales (France, Grande Bretagne) n’ont jamais «lâché» l’Afrique. Les régimes despotiques africains sont souvent mis en place, et toujours soutenus, par la France, le Royaume- Uni ou les Etats-Unis. Les conflits pour les matières premières et les zones d’influence sont monnaie courante. Les opposants aux régimes dictatoriaux sont farouchement réprimés soit par les régimes en place, soit par les troupes colonialistes toujours présentes sur le sol africain. «Le total des troupes françaises déployées à travers le monde atteint 36 849 hommes. Cet outil militaire est souvent un prolongement de la diplomatie de la France» (Laurent Zecchini- Le Monde du 29 août 2006). Dans la phrase, remplacez «la diplomatie de la France» par «le colonialisme de la France» et vous aurez tout compris!
Nous voyons bien que l’«analyse» des deux chefs d’Etat, oublie royalement la responsabilité directe des puissances occidentales (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie,…) dans les tensions internationales.
Quels sont donc les vrais objectifs poursuivis par le couple Sarkozy- Merkel? Nous en décelons deux. Premièrement, il s’agit de faire pression sur les parlementaires français pour les convaincre de la nécessité du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN et, deuxièmement- conséquence du premier objectif- de préparer le terrain à une restriction de l’Etat de droit en France et en Allemagne.
Concernant le premier objectif, des personnalités politiques françaises comme François Hollande, François Bayrou, Dominique de Villepin et Alain Juppé n’ont pas tardé à réagir. Elles se posent des questions sur la pertinence du retour français dans le commandement intégré de l’OTAN. Selon un membre du gouvernement «l’affaire ne passera pas comme une lettre à la poste. Dix jours avant la décision, les députés vont se réveiller» (LM du 05/02/09). Ce d’autant plus que, dix-sept ans après la chute de l’Union soviétique, la guerre froide a cédé sa place à la rivalité inter-impérialistes, sans danger pour le système capitaliste. Mais une autre menace fut inventée: le terrorisme international! C’est du Bush après Bush!
Sur le plan intérieur, le «terrorisme» est à l’origine de l’obsession sécuritaire, qui s’est traduite par le renforcement des moyens de la police et de la justice pénale. «Dix-sept lois depuis 2001» selon l’éditorial du journal Le Monde du 05 février 2009. Toujours selon l’éditorialiste «Quatre nouveaux textes sont en préparation». Le chiffre le plus saisissant est celui des gardes à vue: 577 816 en 2008 contre 336 718 en 2001! (la même source).
Prenons le cas du «grand spectacle» à Tarnac où le démantèlement d’un «dangereux réseau de terroristes de l’ultragauche» avait été annoncé par le ministre de l’intérieur. Dans une lettre publiée par le Monde du 3 février 2009, 13 députés et intellectuels, dont Daniel Cohn-Bendit, Cécile Duflot, Noël Mamère, dénoncent la violation de la présomption d’innocence et le secret de l’instruction dans l’affaire de l’«ultragauche» de Tarnac. Ils dénoncent la «communication illégale et très sélective à des journalistes de pièces du dossier classées «secret défense»». Les treize signataires dénoncent «la volonté de faire admettre une extension insoutenable du champ d’action» de la notion du terrorisme. Ils réclament «que l’on revienne au respect de l’Etat de droit».
L’on voit bien que la «guerre contre le terrorisme» sert de paravent pour dissimuler la volonté du pouvoir de mettre en place des lois répressives. A ce rythme, et en l’absence de réactions énergiques, dans quelques années, la société se réveillera un «matin brun».
Toujours est-il que, selon Sarkozy-Merkel, «la sécurité commune est une alliance défensive», au sein de l’Alliance atlantique. Ce n’est pas l’avis de Dick Cheney, vice- président de Georges Bush, qui a dit clairement : «l’administration Bush aurait attaqué l’Irak même si la CIA lui avait indiqué que Saddam Hussein ne possédait pas d’arme de destruction massive» (LM du 26/12/08). Peut-on parler d’«alliance défensive» lorsqu’il existe une centaine de bases militaires américaines et occidentales au Moyen-Orient et en Asie centrale?
Un autre volet de la «sécurité commune» concerne «des valeurs communes», celles partagées par tous les membres de l’Alliance. Personne n’a encore oublié la torture sous l’administration Bush, ou des mesures contraires au droit humanitaire et au respect des droits civiques, adoptées par Washington. En ce qui nous concerne, que dire des «centres de rétention» des demandeurs d’asile qui traitent les étrangers comme du bétail? A entendre le Parlement européen «les centres de rétention ne peuvent pas être tolérés, et doivent être en conséquence fermés». Il a également condamné la rétention des mineurs, contraire à la Convention internationale. Le Parlement européen est, on ne peut plus clair : «Un Etat qui ne protège pas les enfants viole nos valeurs les plus importantes». Le mot est lâché: la violation de nos valeurs!
Les autorités en sont conscientes et, en l’absence d’une opposition vigoureuse, iront jusqu’au bout de leur logique «antiterroriste».
La «sécurité commune» de Sarkozy-Merkel prépare le terrain au «matin brun», le «meilleur des mondes» du couple Sarkozy-Merkel!
STRASBOURG, le 12 février 2009 http://geopolitiquedumoyen-orient.blogspot.com