Atteintes aux libertés ?
Par manuel le mercredi 4 mars 2009, 10:35 - zonage-fichage-surveillance - Lien permanent
Les mesures imposées aux Strasbourgeois résidant ou travaillant dans les
zones rouges ne vont-elles pas un peu trop loin en terme de respect des
libertés individuelles ?
- Leur légalité ne me semble pas évidente au regard des textes qui garantissent
les libertés individuelles, soit la Convention européenne des droits de
l'homme, la Constitution française et la loi. La liberté d'aller et venir est
notamment garantie par une règle de valeur constitutionnelle, posée par une
jurisprudence de 1980. Si on ajoute le fait qu'apparemment, les personnes sans
badge ne seraient pas admises à rentrer chez elles, c'est clairement illégal.
La liberté de domicile s'impose à l'autorité administrative sous une seule
réserve qui tient aux nécessités du maintien de l'ordre public. On peut
concevoir qu'à proximité d'une zone où règne un danger pour le public, on se
fasse contrôler, mais de là à y restreindre l'accès et imposer qui peut y
entrer ou non, c'est abusif. D'autant plus que la s! ituation est créée par
l'autorité puisque c'est elle-même qui a décidé de tenir le sommet à
Strasbourg.
Un recours en justice peut-il être envisagé ?
- N'importe quel Strasbourgeois intéressé, c'est-à-dire touché par les mesures,
est fondé à attaquer la décision devant le juge administratif. Mais la solution
pour le juge n'a rien d'évident. De même, les mesures préventives comme par
exemple l'obligation du badge, qui, j'imagine, ont été prises par le préfet
ainsi que les mesures individuelles d'application qui seront prises lors du
sommet, par exemple l'accès restreint aux commerces et aux entreprises, sont
susceptibles d'être attaquées. Mais je doute que quelqu'un aille jusque-là. On
vit du reste déjà en France avec pas mal de mesures restrictives des libertés,
telles les différents fichiers, la vidéosurveillance, etc.
Y a-t-il des précédents en la matière ?
- Il faut remonter à l'arrêt « Dames Doll et Laurent ». C'est un grand
arrêt de la jurisprudence administ! rative pris par le Conseil d'Etat en 1919.
Il a fixé des limites à l'action des pouvoirs publics en matière de restriction
des libertés en définissant ce qu'on appelle depuis la « théorie des
circonstances exceptionnelles ». Dans le cas du sommet de l'OTAN à Strasbourg,
on peut se demander si elle s'applique, sachant que la situation est créée par
l'autorité administrative. Tout se passe ici comme si un monarque, n'écoutant
que son bon vouloir, avait décidé d'imposer un régime d'exception temporaire à
Strasbourg. Le préfet est-il en droit de refuser aux organisateurs du
contre-sommet de manifester au centre-ville ? - La Constitution et
l'article 11 de la Convention européenne des droits de l'homme garantissent la
liberté de manifester pacifiquement. Ce qui est le cas puisque le préfet n'a
pas interdit la manifestation. Toutefois, si on craint des débordements, on
peut encadrer cette liberté en vertu d'un décret-loi de 1935. Or l'expérience
montre qu'à l'occasion de ce ! genre de sommet, des risques réels
existent. Le préfet est donc fondé à interdire le centre-ville et à demander
aux organisateurs que la manifestation passe là où elle présente le moins de
risques de troubler l'ordre public.
Comme Strasbourgeois, que vous inspire ce déploiement de contraintes ?
- Il apparaît disproportionné par rapport à un profit touristique qui reste,
selon moi, imaginaire. La liberté des gens semble être le cadet des soucis des
autorités. On assiste à une sorte d'exacerbation du tout-sécuritaire qui me
semble dangereuse pour la démocratie. Je suis choqué que l'on ait décidé
d'organiser ce sommet à Strasbourg et qu'on découvre après coup les problèmes
que cela soulève. Car la ville n'est pas équipée pour assurer la sécurité de ce
genre de rencontre. Le camp militaire de Mutzig aurait été plus indiqué. On
fait souvent le parallèle avec la visite du pape en 1988. Bien que sa vie fût
alors menacée, je n'ai pas souvenir qu'il y ait eu des mesures pareill! es
imposées aux Strasbourgeois.
Xavier Thiery
© Dernières Nouvelles d'Alsace - 4.3.2009