L'OTAN veut une "coopération forte" avec Moscou
Par manuel le dimanche 8 mars 2009, 03:43 - presse - Lien permanent
En intervenant pour la première fois, jeudi 5 mars, devant ses homologues de l'Alliance atlantique, Hillary Clinton savait que la reprise des relations de l'OTAN avec la Russie passe mal auprès de plusieurs pays d'Europe de l'Est, notamment les Baltes et la République tchèque. la secrétaire d'Etat américaine a donc insisté sur le seul argument de nature à apaiser leurs inquiétudes : la réaffirmation du mécanisme de la défense collective de l'Alliance (article 5 du traité de Washington). Avec la Russie, a-t-elle insisté, "il est temps d'explorer un nouveau départ".
Cette double insistance est au coeur du projet de "Déclaration sur la sécurité de l'Alliance" que les chefs d'Etat de l'OTAN adopteront lors de leur sommet de Strasbourg et Kehl (Allemagne), les 3 et 4 avril, lequel marquera le 60e anniversaire de l'organisation atlantique. Ce texte, présenté par Jaap De Hoop Scheffer, secrétaire général de l'OTAN, dont Le Monde a obtenu une copie, servira de base à l'élaboration du nouveau "concept stratégique", qui est au fond la justification de l'existence de l'Alliance, de ses missions, de sa zone d'influence et de ses partenariats. Une fois finalisé, ce document sera adopté plus tard, probablement lors du sommet de Lisbonne, fin 2010.
C'est donc un long processus politique qui s'amorce, dont l'enjeu est de remplacer le concept stratégique de 1999, encore très marqué par la guerre froide. Le texte dont les ministres ont débattu mercredi, porte déjà l'empreinte des priorités de la nouvelle administration Obama, et tranche parfois nettement avec la vision de celle de George Bush.
Il souligne ainsi la nécessité d'"une relation de coopération forte entre l'OTAN et la Russie", qui doivent "renforcer leur aptitude à travailler ensemble en tant que partenaires dans des domaines d'intérêt commun". Nous attachons "une grande importance au Conseil OTAN-Russie", soulignent les chefs d'Etat. "Nous invitons la Russie à exploiter pleinement ce cadre pour traiter de ses initiatives sécuritaires et nous affirmons notre intérêt particulier de voir la Russie s'engager pour assurer l'avenir du régime international de maîtrise des armements", ajoutent-ils.
Pour autant, il n'est pas question d'accorder à la Russie un quelconque droit de veto à l'adhésion de nouveaux pays à l'Alliance, comme l'ont craint les pays d'Europe de l'Est. "La porte de l'OTAN restera ouverte à toutes les démocraties européennes désireuses et capables d'assumer les responsabilités et les obligations liées au statut de membre. Personne à l'extérieur de l'Alliance n'aura un quelconque droit de veto sur ce processus", est-il souligné. Ce rappel va dans le sens de ce que souhaitent l'Ukraine et la Géorgie, dont l'enthousiasme à rejoindre l'OTAN a été quelque peu douché par la prudence de pays tels que la France et l'Allemagne, soucieux de préserver leurs relations avec Moscou. Quant aux Baltes, ils seront rassurés par l'"engagement immuable (des chefs d'Etat) à l'égard de la défense collective", laquelle permet à chaque allié de bénéficier d'"une solidarité qui est indivisible".
En réaffirmant la pérennité des principes, "des valeurs, des objectifs et des obligations" qui fondent l'OTAN, les vingt-six en profitent pour souligner que celle-ci a été créée "pour relever tous les défis, sans exception, qui pèsent sur notre sécurité", une manière de répliquer à ceux pour qui l'Alliance atlantique, organisation de la guerre froide, n'a plus de raison d'être.
De même, le débat récurrent sur les limites de sa zone géographique est tranché : l'organisation doit faire face aux nouveaux défis, "notamment le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, la sécurité énergétique et les cyberattaques, ainsi que l'instabilité et les menaces émanant des Etats faillis, en dehors de la zone géographique couverte par le traité".
Pour équilibrer cette vocation à intervenir tous azimuts, le projet insiste sur une approche multilatérale, laquelle est privilégiée par les Européens et, apparemment, par l'administration Obama. L'OTAN, est-il souligné, est "un élément seulement d'un réseau d'acteurs de la sécurité". Ainsi, elle "continuera d'agir dans l'intérêt et en vertu du mandat des Nations unies" et les chefs d'Etat s'engagent à oeuvrer sur la base de la déclaration commune ONU-OTAN signée en septembre 2008.
Le projet rencontre les souhaits des Européens s'agissant de la défense européenne, et tout indique qu'il tient compte en particulier de la perspective du retour de la France dans la structure militaire intégrée de l'Alliance, qui doit être entériné lors du sommet de Strasbourg.
"L'OTAN, est-il indiqué, reconnaît également l'importance d'une défense européenne plus forte et plus performante et soutient les efforts que déploie l'UE (Union européenne) pour renforcer ses propres capacités et son aptitude à relever les défis de sécurité communs. Les rôles joués par l'OTAN et par l'UE dans le maintien de la sécurité aux niveaux européen et international sont complémentaires et se renforcent mutuellement. Notre priorité sera donc de faire évoluer les relations OTAN-UE vers un véritable partenariat stratégique."
Cette insistance facilite la tâche de Nicolas Sarkozy, qui doit convaincre que le retour de la France dans la structure militaire intégrée est équilibré par la perspective d'avancées significatives de la défense européenne.
Laurent Zecchini. LE MONDE
LA REPRISE DES TRAVAUX DU CONSEIL OTAN-RUSSIE C'est, selon Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américaine, à l'issue d'une "discussion vigoureuse" avec la Russie, d'un débat "vif et long", selon son homologue français Bernard Kouchner, que l'Alliance atlantique a annoncé, jeudi 5 mars, sa décision de reprendre une relation formelle normale avec Moscou. Le Conseil OTAN-Russie, dont les travaux avaient été suspendus à la suite de la crise géorgienne d'août 2008, devrait se réunir après le sommet de l'OTAN des 3 et 4 avril, probablement en juin. La Lituanie s'est efforcée de bloquer cette reprise du dialogue, l'estimant prématurée. Elle souhaitait que la décision soit prise début avril.