Quelle alternative à l'atlantisme et aux choix de Nicolas Sarkozy ? Avec la chute du mur et le démantèlement de l'URSS et du Pacte de Varsovie, l' OTAN a perdu sa raison d'existence. Loin de reconnaître, avec la fin de l'antagonisme des blocs, que leur organisation est alors devenue obsolète, les membres de l' Alliance atlantique ont choisi de la pérenniser et même de la renforcer. Ils ont changé le «concept stratégique» qui fonde son action en 1991, en 1999 et ils s'apprêtent à le faire une fois encore lors du sommet de Kehl-Strasbourg le 4 avril prochain. L'OTAN se «redéfinit» ainsi en fonction de ce qu'on appelle les nouvelles menaces: terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, conflits régionaux, déliquescence de certains Etats, criminalité organisée... C'est au nom de la lutte contre ces nouvelles menaces que l' OTAN a élargi à la fois le nombre de ses membres (en intégrant les pays d'Europe centrale et orientale), la nature de ses missions et ses zones d'intervention pour s' affirmer comme une alliance globale, un instrument d'intervention militaire quasi planétaire, et de domination au service des principales puissances occidentales. C'est la force et la guerre qui constituent la logique essentielle de la stratégie otanienne. Cette logique néo-impériale a pourtant montré qu'elle aggrave tous les problèmes, suscite l'exacerbation des tensions et des confrontations. Dans un nouveau contexte international marqué par la crise systémique du capitalisme, par la montée des inégalités mais aussi des attentes sociales et des luttes, l'émergence de nouvelles puissances... cette utilisation de l' OTAN comme outil d'une pérennisation des dominations capitaliste et occidentale est dangereuse, totalement inadaptée et contraire aux intérêts des peuples. Réintégrer complètement la France dans l'organisation militaire de l' OTAN, comme a choisi de le faire Nicolas Sarkozy, constitue un choix politique qui n'est pas seulement symbolique dans un tel contexte. Il s'agit, en effet, de rejoindre tous les commandements militaires de l'organisation militaire intégrée de l' Alliance. On ne peut pas soutenir, comme le font certains commentateurs, qu'une telle réintégration serait une chose banale du fait que la France appartient déjà à plusieurs de ces commandements et participe déjà à des opérations de l' OTAN. En réintégrant complètement la France dans l'organisation militaire de l' OTAN, le Chef de l' Etat montre qu'il veut rompre définitivement avec l'originalité d'une position française décidée en son temps par le Général de Gaulle. Mais surtout, N. Sarkozy affirme et concrétise le choix pro-américain et atlantiste qu'il avait annoncé dès le départ. Afin de masquer la réalité de ce choix d'alignement, le Président de la République prétend -contre toute évidence- que cette réintégration permettra à la France de gagner en influence au sein de l' Alliance et favorisera le développement de l'Europe de la Défense. En vérité, cette politique ne fera que renforcer l' OTAN et sa stratégie de militarisation. Les Traités européens de Maastricht et de Lisbonne définissent une simple «complémentarité» européenne dans un rapport hiérarchique que le Traité de Lisbonne exprime clairement en soulignant que l' OTAN reste pour les Européens le fondement de leur défense et l'instance de sa mise en oeuvre. Il n'est absolument pas question d'une autonomie stratégique et politique d'une défense européenne. On en est loin. D'ailleurs, lorsque les Etats-Unis décident unilatéralement d' installer, en République tchèque et en Pologne, un système anti-missile sophistiqué très déstabilisateur et créateur de tensons avec la Russie, on constate que les Européens, globalement très atlantistes, sont incapables de présenter une alternative commune et autonome correspondant aux besoins réels de sécurité en Europe et sur le plan international. Tout montre ainsi l'impératif d'une toute autre politique française et européenne en matière de sécurité et de défense. Le besoin d'une dissolution de l' OTAN et d'un nouveau système de sécurité collective et préventive se fait sentir avec force, pour l'Europe et pour le monde. Les logiques de guerre ont d'ailleurs montré à quels désastres et à quelles tensions et crises elles conduisent que ce soit en Irak ou en Afghanistan. Il faut sortir d'urgence de la course aux armements, de la prolifération des armes de destruction massive, des politiques de force qui aliment les conflits. L'Europe et chacun de ses pays membres doit agir pour un désarmement multilatéral et contrôlé concernant tous les types d'armes et notamment le nucléaire, pour le règlement politique des conflits dans le respect de la charte et des résolutions de l' ONU, pour favoriser les conditions économiques et sociales d'une sécurité humaine fondée sur la justice, l'égalité, la réponse aux attentes sociales, en particulier pour les pays les moins avancés. La démilitarisation des relations internationales, pour un monde de paix, plus civilisé, est une exigence de notre temps. Note de Jacques Fath Membre de l'exécutif chargé des questions internationales