Lumineuse dans sa robe immaculée, Amelle lui dira « oui » pour la
vie. Les alliances s'échangeront. Un doux baiser unira les jeunes mariés. Sous
une volée de riz, ils salueront la foule, du haut du balcon de l'hôtel de
ville, place Broglie. Instant d'absolu bonheur : nous serons le samedi 4
avril. Le hic, c'est qu'une autre noce aura lieu ce jour-là à Strasbourg :
la célébration du retour de la France au commandement intégré de l'Otan. Cette
cérémonie-là se fera en présence d'un témoin de choix : Barack Obama, qui
effectuera ce jour-là son premier déplacement dans l'Hexagone, accompagné de
quelque 25 autres chefs d'État ou de gouvernement. Rien de moins. Face à cette
armée - l'organisation du traité de l'Atlantique Nord -, les maigres arguments
de « droit au bonheur » de la belle risquent de ne pas peser bien
lourd.
Pas de limousine à l'hôtel de ville
C'est un coup de fil des services municipaux de l'état civil à son conjoint
qui a ! mis le feu aux poudres : « La ville sera entièrement
bouclée, aucun véhicule ne pourra espérer traverser le centre-ville et si l'on
voulait se rendre à l'hôtel de ville, il faudra soit prendre le tram (si par
bonheur il y en un a qui circule), soit marcher depuis la place de
l'Esplanade... », lui explique-t-on, en lui proposant de « reporter »,
voire « d'annuler ». Exit ce jour-là, les arrivées en limousine sur la
place Broglie - à moins d'en avoir une blindée et de s'appeler Barack Obama...
Pour Amelle, cette mauvaise farce est « scandaleuse » : « Nous
avions décidé de choisir cette date du 4 avril à la mairie, en décembre dernier
», ne décolère pas la jeune femme - qui indique que son traiteur est réglé et
que les alliances sont déjà gravées... « Ne peut-on pas trouver d'autres
alternatives pour célébrer les unions en dehors de Strasbourg ? »,
s'indigne-t-elle.
Le plus beau jour de la vie, un parcours du combattant ?
Réponse de l'adjo! inte au maire, chargée de l'état civil :
« C'est justement l'objet de notre appel téléphonique », précise Pernelle
Richardot, qui a demandé ce « sondage » auprès des six couples qui
ont prévu de se marier le 4 avril prochain à l'hôtel de ville - ainsi qu'un
septième la veille. « Nous les avons informés que l'accès à la place
Broglie serait barré pour que les futurs mariés ne soient pas piégés par les
dispositifs de sécurité », poursuit l'adjointe, qui tente de gérer au mieux la
situation, « pour que le plus beau jour de la vie ne se transforme pas en
un parcours du combattant ». Et pour ce faire, ce sera au procureur de la
République de décider s'il est possible de «transplanter» la salle des mariages
au centre administratif, de la place de l'Étoile : « Il ne s'agit pas
de "déplacer" la date - comme certains ont pu le comprendre - mais le lieu du
mariage dans la ville, dans un endroit plus accessible ». Tant pis pour le
velours et l'or du salon d'honneur de l'hôtel de vi! lle.
DNA. Philippe Dossmann. Édition du Ven 30
jan. 2009